The China Mail - Clôtures, drones et barrage fluvial: l'impossible verrouillage frontalier de la Manche

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Clôtures, drones et barrage fluvial: l'impossible verrouillage frontalier de la Manche
Clôtures, drones et barrage fluvial: l'impossible verrouillage frontalier de la Manche / Photo: © AFP

Clôtures, drones et barrage fluvial: l'impossible verrouillage frontalier de la Manche

Quelques kilomètres avant l'estuaire de la Canche, au Touquet, une chaîne de bouées barre le fleuve, dernier avatar des dispositifs déployés à grands frais sur le littoral nord pour tenter de tarir le trafic migratoire vers l'Angleterre.

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Installée le 10 août, cette barrière flottante se veut une parade aux "taxi-boats" développée ces derniers mois par les passeurs: des canots armés à vide, en retrait des plages, qui récupèrent ensuite leurs passagers sur la côte, dans l'eau.

Tout au long des quelque 130 km de côtes entre Dunkerque de la baie de Somme, et même jusqu'à la Normandie, les autorités quadrillent ciel et terre pour tenter de stopper les départs vers les côtes anglaises.

A l'aube, un avion de Frontex, l'agence européenne des frontières, vrombit au loin. Equipé de caméras thermiques et infrarouges l'appareil survole la côte d'Opale de jour comme de nuit.

Des drones de la sécurité civile viennent compléter cette surveillance aérienne pour les secours.

Des caméras de surveillance ont aussi été installées dans 12 communes et quatre ports de plaisance, un dispositif voué à s'étendre en 2024, selon la préfecture.

Après le naufrage qui a coûté la vie à au moins 27 migrants en novembre 2021, et dans un contexte de durcissement britannique, les patrouilles ont également été renforcées.

En moyenne 800 policiers, CRS et gendarmes parcourent quotidiennement, à pied ou en buggys, plages et dunes.

La bataille migratoire s'y est déplacée, après la bunkerisation en 2018 du port de Calais et du tunnel sous la Manche, par où passaient jusque là les migrants.

L'opération a donné aux approches de Calais l'allure d'une place fortifiée: des kms de clôture pourvues de caméras encerclent le port et le terminal du tunnel, la rocade portuaire est flanquée d'un mur "anti-intrusion" pour empêcher les exilés de monter à bord de camions lors de ralentissements.

Des grillages défendent aussi les parkings de la zone logistique Transmarck. Parfois "on arrive à accéder, mais c'est difficile" confie le Soudanais Awham, 23 ans, refoulé ce jour là de la zone par des CRS.

Depuis 2014, année où les accords du Touquet ont confié à la France la gestion de cette frontière, les Britanniques ont versé au moins 370 M EUR pour ce verrouillage, auquel les passeurs ne cessent de s'adapter.

D'ici 2027, Londres doit y ajouter plus de 550 M EUR.

Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Intérieur n'a pas chiffré l'effort financier consenti côté français.

La lutte contre les départs s'accompagne d'un combat sans relâche contre les "points de fixation" des exilés, pour éviter la reconstitution d'une "jungle".

Dans le centre de Calais, des grillages bloquent l'accès sous les ponts, et sur le quai, des rochers ont été installés pour empêcher tout campement.

"Plus possible de dormir ici", déplore Amine, Marocain de 22 ans, à la recherche d'un passage depuis un mois.

A quelques mètres, une Somalienne de 27 ans surveille ses trois enfants de 2, 5 et 7 ans. Hébergée "chez une Française", elle vient sur cette esplanade pour "chercher des informations sur les passages".

Depuis janvier, 20.074 exilés ont réussi à déjouer le dispositif en traversant la Manche sur des embarcations.

Un nombre en baisse toutefois de 19,8% par rapport à la même période de 2022.

S.Wilson--ThChM