The China Mail - Dans les montagnes à thé de Turquie, les téléphériques de la peur

USD -
AED 3.672899
AFN 65.99999
ALL 82.110795
AMD 367.249635
ANG 1.790258
AOA 917.49558
ARS 1475.967876
AUD 1.425171
AWG 1.79625
AZN 1.709923
BAM 1.712977
BBD 2.013856
BDT 123.257617
BGN 1.717508
BHD 0.377075
BIF 2983.5
BMD 1
BND 1.292069
BOB 6.923833
BRL 5.090397
BSD 0.999877
BTN 96.193563
BWP 13.578279
BYN 2.883406
BYR 19600
BZD 2.010975
CAD 1.403275
CDF 2259.000103
CHF 0.803897
CLF 0.023491
CLP 924.609523
CNY 6.768802
CNH 6.76609
COP 3231.7
CRC 453.956242
CUC 1
CUP 26.5
CVE 96.37499
CZK 21.0891
DJF 177.720092
DKK 6.51504
DOP 58.550033
DZD 132.937985
EGP 50.534102
ERN 15
ETB 161.384472
EUR 0.87153
FJD 2.218799
FKP 0.7473
GBP 0.737925
GEL 2.619856
GGP 0.7473
GHS 11.515024
GIP 0.7473
GMD 73.999793
GNF 8779.999929
GTQ 7.627764
GYD 209.189483
HKD 7.83895
HNL 26.776674
HRK 6.565497
HTG 130.686496
HUF 312.530203
IDR 18045.35
ILS 2.99905
IMP 0.7473
INR 96.24895
IQD 1309.842871
IRR 1375125.00038
ISK 124.839657
JEP 0.7473
JMD 158.484088
JOD 0.708977
JPY 161.9215
KES 129.305074
KGS 87.450421
KHR 4021.999696
KMF 430.999534
KPW 900.000068
KRW 1485.415009
KWD 0.30923
KYD 0.833195
KZT 470.860266
LAK 22603.318633
LBP 89538.465581
LKR 336.203197
LRD 181.475805
LSL 16.383184
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.405928
MAD 9.334612
MDL 17.577403
MGA 4251.424367
MKD 53.893237
MMK 2099.398858
MNT 3586.587158
MOP 8.073396
MRU 39.954806
MUR 47.119824
MVR 15.449689
MWK 1733.742063
MXN 17.36768
MYR 4.078198
MZN 63.904494
NAD 16.383327
NGN 1380.209736
NIO 36.794233
NOK 9.645985
NPR 153.910698
NZD 1.70668
OMR 0.384501
PAB 0.999882
PEN 3.402832
PGK 4.402034
PHP 61.564008
PKR 277.887873
PLN 3.764785
PYG 6064.348306
QAR 3.645178
RON 4.567013
RSD 102.317026
RUB 77.500403
RWF 1470.812349
SAR 3.755966
SBD 8.065041
SCR 13.25877
SDG 600.494249
SEK 9.58717
SGD 1.28796
SHP 0.746601
SLE 24.397226
SLL 20969.507346
SOS 571.411054
SRD 37.663504
STD 20697.981008
STN 21.458476
SVC 8.748812
SYP 110.532098
SZL 16.380262
THB 33.539555
TJS 9.218736
TMT 3.5
TND 2.958691
TOP 2.40776
TRY 47.0298
TTD 6.787009
TWD 32.132033
TZS 2635.003026
UAH 44.750535
UGX 3694.361238
UYU 40.236832
UZS 12085.939005
VES 723.09425
VND 26255.5
VUV 120.301282
WST 2.763963
XAF 574.526488
XAG 0.017241
XAU 0.000246
XCD 2.70255
XCG 1.801971
XDR 0.713502
XOF 574.516424
XPF 104.453232
YER 237.14998
ZAR 16.294565
ZMK 9001.19688
ZMW 18.212633
ZWL 321.999592
  • AEX

    8.0600

    1097.9

    +0.74%

  • BEL20

    -4.4900

    5613.51

    -0.08%

  • PX1

    15.9000

    8382.43

    +0.19%

  • ISEQ

    114.1800

    13870.64

    +0.83%

  • OSEBX

    -1.5700

    1962.59

    -0.08%

  • PSI20

    -41.9800

    9084.95

    -0.46%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -40.6800

    4380.98

    -0.92%

  • N150

    12.2400

    4233.59

    +0.29%

Dans les montagnes à thé de Turquie, les téléphériques de la peur
Dans les montagnes à thé de Turquie, les téléphériques de la peur / Photo: © AFP

Dans les montagnes à thé de Turquie, les téléphériques de la peur

Sevilay Sen accourt, s'essuie le front et actionne un levier. Trente secondes plus tard, trois énormes ballots de thé fraîchement coupé arrivent sur un téléphérique artisanal, prêts à venir remplir la remorque d'une voiture hors d'âge.

Taille du texte:

"Je ne monte plus dessus, j'ai eu trop d'accidents", lâche encore transpirante la sexagénaire, qui depuis deux ans préfère remonter à pied la pente vertigineuse sur laquelle elle et son mari cultivent leur thé, plutôt que de faire confiance à leur vieux téléphérique couvert de rouille.

Dans le village de Daginiksu, perché sur une crête surplombant Rize, grande ville du nord-est de la Turquie, des dizaines de téléphériques construits par les habitants relient la route principale aux champs de thé qui s'étalent à perte de vue.

"Je les utilise quand je n'ai pas le choix. Sans téléphérique, il n'y a pas de vie ici", résume Ercan Çalik, 50 ans, qui égrène son chapelet en remontant jusqu'à un virage où huit d'entre eux, certains vieux d'un demi-siècle, sont alignés face à un versant qui produit chaque année des centaines de tonnes de thé.

Indispensables au transport du thé, qui recouvre 90% des terres agricoles de la province, ces engins de fortune sont utilisés par nombre d'habitants pour se rendre aux champs, souvent situés dans des vallées encaissées inaccessibles en voiture ou en tracteur.

- "Par la grâce d'Allah" -

Mais le voyage est périlleux sur ces téléphériques sans rebords ni protections, faits de quelques planches de bois fixées à une ossature en métal suspendue à un câble d'acier.

Début avril, deux voisines de Sevilay Sen, prises dans une bourrasque, ont chuté d'une vingtaine de mètres, échappant de peu à la mort.

"Par la grâce d'Allah elles remarcheront un jour", dit avec émotion et colère Hasan Uzun, le mari d'une de ces voisines, clouée au lit depuis sa sortie de l'hôpital.

L'accident a créé la psychose à Daginiksu, où toutes les familles ou presque vivent du thé, qu'elles revendent aux mastodontes du secteur - dont l'entreprise publique turque Çaykur.

"Je ne monte plus sur mon téléphérique depuis l'accident, j'ai peur", confie devant sa maison Hurmet Yildirim, 64 ans, les cheveux couverts d'un voile noir. "C'est de nos vies dont il est question", insiste-t-elle.

La Chambre des ingénieurs en mécanique de Rize, qui estime à environ 15.000 le nombre de téléphériques dans cette région montagneuse dominant la mer Noire, a recensé dix-huit décès et plusieurs centaines de blessés entre 2008 et 2021.

- "Montagnes enneigées" -

Au moins deux habitants de Rize et de la province voisine de Trabzon sont morts depuis, dont un jeune homme de 25 ans électrocuté en juillet 2023 après être monté sur un téléphérique chargé de thé.

Deux médecins légistes de la région ont publié dans une revue scientifique turque en 2021 une étude portant sur huit accidents mortels de téléphérique, dont six ont coûté la vie à des travailleurs du thé.

"Puisqu'il n'existe aucun permis pour ces téléphériques primitifs, aucun test ou entretien périodique n'est réalisé", soulignent les auteurs.

À 6 km de Daginiksu, dans le village de Selamet, Kasim Karaosman, 90 ans, continue de se hisser chaque jour sur le sien, qu'il a conçu de toutes pièces en 1970.

Lui n'a pas le choix: sa maison est située au sommet d'une colline inaccessible par la route, et c'est sur son téléphérique que les matériaux de construction de la bâtisse ont été transportés il y a cinquante ans.

"Quand tu montes il ne faut pas regarder vers le bas", conseille le vieil homme à la barbe blanche, qui enroule son bras gauche autour de la barre en métal de son appareil avant d'entamer sa périlleuse ascension, longue de 300 mètres, par dessus une rivière et des champs de thé.

Qu'importe l'âge et le risque, le nonagénaire, bonnet noir retroussé par dessus les oreilles, n'entend pas quitter sa colline: "De là-haut, je vois les montagnes enneigées".

F.Jackson--ThChM