The China Mail - "Bunker party": à Tel-Aviv, la fête malgré les missiles

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"Bunker party": à Tel-Aviv, la fête malgré les missiles
"Bunker party": à Tel-Aviv, la fête malgré les missiles / Photo: © AFP

"Bunker party": à Tel-Aviv, la fête malgré les missiles

Alors que les alertes anti-aériennes et leurs lancinantes sirènes se succédent au quotidien dans Tel-Aviv, quelques joyeux fêtards tentent de retrouver un semblant de normalité en dansant dans des bunkers destinés à se protéger des missiles iraniens.

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Informés via des boucles WhatsApp, ils sont entre 150 et 200 cette nuit-là, âgés d'une vingtaine d'années, à se déhancher au son des musiques technos dans un discret sous-sol de la célèbre avenue Dizengoff.

Habituellement coeur vibrant des nuits de Tel-Aviv, l'artère affiche plutôt triste mine la nuit depuis le début de la guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran il y a plus d'une semaine.

"Faire danser dans les moments durs, ça soulage. Et ça nous donne de la force", explique Ruben Chekroun, l'un des organisateurs de ces fêtes semi-clandestines, visiblement tolérées par les autorités en dépit des restrictions sécuritaires.

"Bloqués sans pouvoir sortir le soir, on s'est retrouvé sur la plage et on a eu cette bonne idée pour faire la fête en sécurité", confie l'un d'eux, Ilan Eber. "On a fait un peu de pub sur les réseaux sociaux, il y a eu un engouement de fous!" se réjouit le jeune homme.

- "Revenir à la vie normale" -

Quatre soirées ont eu lieu dans des "miklat", abri ou bunker en hébreu, souvent des parkings souterrains. "La police venait à chaque fois. Maintenant ils ont compris qu'on ne fait rien de mal".

La fête de ce soir est organisée pour la première fois dans le sous-sol loué d'un club fermé jusqu'alors.

"S'il y a une sirène, on est protégé, vous êtes au bon endroit!", pouffe "Boucle d'or", un blondinet autre membre de la bande.

"En ce moment, nous sommes constamment sous pression. Cette fête, c'est comme une parenthèse pour revenir à la vie normale", se réjouit la brune Esther Guedj.

- "On a connu pire"

En journée, Tel-Aviv continue là aussi d'afficher sa décontraction moderne et branchée qui donne à cette ville libérale des allures de côte Ouest nord-américaine, avec ses joggers torse nu et ses cours de yoga en bord de plage.

A deux pas du front de mer, le "Chacho's café" accueille sa clientèle tendance sous un doux soleil printanier.

"Chez nous c'est +business as usual+, on reste cool", sourit le serveur à queue de cheval, qui se veut rassurant : "dès que les alertes s'arrêtent, les clients reviennent aussitôt" pour leur macchiato mousseux et thé matcha.

En cette fin de matinée, les amateurs de café se pressent nonchalamment, lunettes de soleil sur le nez, sur les bancs de bois installés sur le trottoir.

La présence de réservistes en civil, fusil mitrailleur en bandoulière, rappelle cependant que nous sommes en Israël, pays en guerre sur des multiples fronts.

"On a connu pire", commente Ilya, le propriétaire musculeux d'un coquet atelier de "cross fit" plus en contrebas. La fréquentation "a baissé de 50%", mais les clients continuent de venir, "ça leur vide la tête".

- "Pas aux normes mais sûr" -

Les magasins sont ouverts, même si beaucoup restent vides. Comme à Jaffa, la vieille ville arabe en pleine gentrification, où les magasins de meubles, friperies, caves à vin et autres ateliers d'artiste attendent le chaland.

"On compte entre 5 et 10 alertes par jour", observe Owen, attablé au Chacho's.

L'alerte sonne peu après sur les téléphones portables, les sirènes résonnent dans la foulée. Les clients du Chacho's se dirigent tranquillement vers le bunker le plus proche.

Le sous-sol d'une école accueille une cinquantaine de personnes, des jeunes, des ouvriers aux cheveux poussiéreux d'un chantier voisin, quelques personnes âgées, assises sagement dans un décor de bibliothèque enfantine.

"L'abri n'est pas aux normes, mais il est l'endroit le plus sûr dans la rue", rassure une affichette. On patiente, on papote, on contemple le plafond en attendant les explosions. Plusieurs détonations retentissent au loin. C'est fini, tout le monde peut sortir.

G.Fung--ThChM