AEX
-4.2400
Dans un véhicule banalisé, des policiers sillonnent plusieurs quartiers londoniens de la rive sud de la Tamise. Leur cible: les vols à l'arraché de téléphones portables, un fléau dans la capitale britannique, commis par des adolescents cagoulés filant sur des vélos électriques.
Du côté de London Bridge, des employés de bureau sont occupés à boire des pintes au soleil tandis que des légions de touristes se pressent à Borough Market, célèbre marché alimentaire londonien.
Les proies potentielles des voleurs de téléphones ne manquent pas, souligne le policier Hayden O'Connor, désignant des passants qui sortent leur smartphone pour vérifier un itinéraire ou écouter de la musique.
"Vous voyez que votre bus est dans 20 minutes, vous sortez votre téléphone, vous allez sur Instagram, et avant que vous ayez réalisé quoi que ce soit, un vélo électrique fonce sur vous et votre téléphone s'est volatilisé", énonce-t-il.
Hayden O'Connor fait partie d'une équipe que l'AFP a pu suivre pendant quelques heures de patrouille.
Les policiers reçoivent des signalements d'appareils volés, mais les chances d'en récupérer un sont "vraiment, vraiment maigres", admet sa collègue Hayley Carr.
Drones, systèmes de reconnaissance faciale en temps réel, équipes d'intervention: la police londonienne déploie différents moyens pour lutter contre ce phénomène, qui vaut à la métropole d'être surnommée la capitale européenne du vol de téléphones portables.
L'ancien chef de cabinet du Premier ministre Keir Starmer en a été une victime notoire il y a quelques mois.
Ces vols ont baissé de 12,3% l'année dernière, passant de 81.365 en 2024 à 71.391 en 2025, selon les chiffres de la Metropolitan police.
- Trafic international -
Ils alimentent un trafic international: les smartphones sont souvent exportés, réactivés et revendus à l'étranger en l'espace de quelques jours.
En 2025, la "Met" a démantelé un réseau soupçonné d'avoir fait passer en contrebande jusqu'à 40.000 mobiles volés du Royaume-Uni vers la Chine.
Les appareils "sont expédiés aux quatre coins du monde", souligne le commissaire Gareth Gilbert.
L'équipe reçoit un appel du centre de contrôle: un téléphone volé a été localisé à Deptford, un quartier plus à l'est.
Gyrophares allumés, la voiture se met à slalomer dans la circulation dense de la capitale mais soudain le signal de localisation du téléphone est perdu. Les voleurs enveloppent les appareils de papier d'aluminium, expliquent les agents, pour empêcher qu'ils soient détectés.
Cachés sous leurs cagoules, ces voleurs sont souvent des adolescents. "En général, ils ont 16 ou 18 ans", indique Hayden O'Connor. Lors d'une récente patrouille, il a arrêté deux garçons de 13 ans.
Ils sont "recrutés par de grands groupes criminels organisés", explique Gareth Gilbert. Ils risquent ensuite de se retrouver pris dans des gangs et impliqués dans des activités criminelles plus graves.
Ces jeunes gagnent généralement entre 100 et 200 livres (entre 115 et 230 euros) par téléphone volé. "Pour un adolescent de 13 ans, c'est beaucoup", commente-t-il.
Plus tard ce soir-là, vers minuit, l'équipe de patrouille a fini par arrêter six voleurs, selon les forces de l'ordre.
Mais dans la lutte contre ce phénomène, la police appelle les fabricants de smartphones à faire leur part.
Le chef de la "Met", Mark Rowley, a donné à ces entreprises jusqu'au 1er juin pour proposer des méthodes rendant ces mobiles inutilisables une fois volés. Faute de quoi, il s'est engagé à demander au gouvernement de légiférer.
"Si un téléphone volé devenait une simple brique inutilisable et que ses composants n'étaient pas recyclables, il n'y aurait pas de marché noir", a souligné le responsable en mars lors d'une conférence internationale.
I.Taylor--ThChM--ThChM