AEX
-4.2400
Un ex-couple présidentiel incarcéré: la justice sud-coréenne a condamné mardi en appel l'ancienne première-dame Kim Keon Hee à quatre ans de prison pour manipulation boursière et corruption, des scandales qui avaient émaillé la présidence de son époux Yoon Suk Yeol, emprisonné lui pour insurrection.
L'ancienne première dame avait été condamnée en première instance en janvier à 20 mois d'emprisonnement pour corruption après avoir accepté des cadeaux de luxe de la part de la secte Moon, mais bénéficié d'acquittements, notamment sur les accusations de manipulations de cours. Ce que la Cour d'appel de Séoul a annulé mardi, alourdissant nettement sa peine.
"La cour condamne l'accusée à quatre ans de prison et lui inflige une amende de 50 millions de wons", environ 29.000 euros, a déclaré la Cour d'appel dans une décision retransmise en direct à la télévision.
Le bas du visage couvert d'un masque blanc, Kim Keon Hee a gardé la tête baissée à l'énoncé du verdict.
La Cour l'a reconnue coupable d'avoir manipulé le cours de l'action de Deutsch Motors, un concessionnaire automobile sud-coréen, qualifiant cet acte de "transaction collusoire (...) constituant une manipulation du marché".
"La prévenue semble avoir participé à ce type de conduite", a déclaré le tribunal en annulant son acquittement.
La Cour d'appel a ajouté que l'ex-première dame de 53 ans "n'avait pas reconnu sa culpabilité et avait au contraire constamment recouru à des excuses".
Sa condamnation pour corruption est survenue après qu'elle a accepté deux sacs à main Chanel et un collier Graff de la part de l'Eglise de l'Unification, aussi connue sous le nom de secte Moon.
En raison de ces pots-de-vin, "la confiance du public dans la transparence des affaires de l'Etat et le déroulé équitable de la politique nationale a été ébranlée", a encore tranché le tribunal.
Il a précisé avoir pris en compte l'absence de casier judiciaire de Mme Kim pour déterminer sa peine.
Les avocats de l'ex-première dame ont déclaré à l'AFP qu'ils feraient appel du verdict devant la Cour suprême.
- Répercussions politiques -
Kim Keon Hee s'est fait connaître pour son combat en faveur de l'interdiction de la viande de chien en Corée du Sud.
Or ses frasques ont fortement marqué la présidence de son mari, le conservateur Yoon Suk Yeol, destitué après sa désastreuse tentative d'imposer la loi martiale fin 2024 pour laquelle il est incarcéré.
En 2023, elle s'était fait piéger par un pasteur qui, équipé d'une caméra cachée, l'avait filmée en train de recevoir de sa part un sac à main de luxe.
Ce scandale avait contribué à la cuisante défaite lors des législatives d'avril 2024 du parti de son mari, au pouvoir.
M. Yoon avait opposé son veto à trois tentatives du Parlement de lancer une enquête contre sa femme, la dernière d'entre elles en novembre 2024.
Une semaine plus tard, il tente de décréter la loi martiale et échoue. Il a été condamné en février 2026 à la prison à vie pour insurrection, et fait appel.
Il avait précédemment été condamné à cinq ans d'emprisonnement en janvier dans un autre volet de l'affaire. Le verdict de cet autre appel est attendu mercredi.
Lors d'un troisième procès devant un tribunal de Séoul vendredi, les procureurs ont requis contre lui 30 ans de prison, l'accusant d'avoir envoyé des drones militaires au-dessus de la Corée du Nord en 2024 pour la provoquer.
L'affaire de corruption de Kim Keon Hee a également abouti à l'arrestation de Han Hak-ja, la cheffe de l'Eglise de l'Unification, mouvement sectaire qui revendique des millions d'adeptes dans le monde et dirige un important empire économique.
Âgée de 83 ans, elle est jugée pour corruption et d'autres chefs d'accusation alors qu'elle est en détention, même si elle a été provisoirement transférée dans un hôpital pour y recevoir des soins médicaux.
S.Wilson--ThChM