The China Mail - En Martinique, la ponte des tortues marines sous haute surveillance

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En Martinique, la ponte des tortues marines sous haute surveillance
En Martinique, la ponte des tortues marines sous haute surveillance / Photo: © AFP/Archives

En Martinique, la ponte des tortues marines sous haute surveillance

Sur les plages de Martinique et de Guadeloupe, trois espèces de tortues marines viennent pondre chaque année, entre février et novembre, sous l’œil attentif de brigades de bénévoles patrouillant le littoral afin de mieux protéger ces espèces menacées.

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Sur la petite plage de Fond Bellemare, en Martinique, une double rangée de traces parallèles, formant des motifs réguliers sur le sable encore humide après une averse matinale, émerge de la mer des Caraïbes et dessine une large boucle reliant deux trous maladroitement rebouchés.

"Une tortue est venue pondre!", s’exclame Emma Rougier, responsable du programme de suivi des pontes de tortues marines au sein de L’Asso-Mer, une association dédiée à la connaissance et à la protection du patrimoine marin en Martinique.

La trouvaille, sur cette plage méconnue de la commune de Case-Pilote, nichée entre deux falaises, enthousiasme la jeune spécialiste en gestion de l’environnement ainsi que les bénévoles qui l’accompagnent ce matin-là: la petite équipe était revenue bredouille de son inspection, à l’aube, de la grande plage de Madiana, à Schoelcher proche de Fort-de-France, fréquentée par de nombreuses tortues marines.

- Plages "à enjeu" -

Sans attendre, Pierrette Simba, l’une des bénévoles, se penche et mesure, avec un ruban gradué, l’écartement des traces dans le sable : "72 centimètres".

"Donc c’est bien une imbriquée", répond Emma Rougier. Cette observation ne surprend pas la spécialiste car le mois d’août correspond à la fin du pic de ponte de cette espèce, Eretmochelys imbricata, également appelée tortue caret aux Antilles.

Sur les sept espèces répertoriées dans le monde, cinq sont présentes dans les eaux des Antilles et trois viennent déposer leurs œufs chaque année sur les centaines de plages que comptent Martinique, Guadeloupe et Saint-Martin: la tortue luth (Dermochelys coriacea) ouvre la saison, de février à juin, suivie par la tortue imbriquée, puis la tortue verte (Chelonia mydas) clôt le bal, entre septembre et novembre.

L’Asso-Mer coordonne, avec l’Office national des forêts et d’autres associations locales, le suivi des traces de tortues marines sur 72 plages "à enjeu" de Martinique, en raison des "activités humaines", explique Emma Rougier.

Entre 100 et 150 bénévoles patrouillent quotidiennement.

"J’ai eu la chance de voir une tortue en train de finir de pondre", se réjouit Xavier Michel, 67 ans. Pour ce retraité, cette activité "a quelque chose d’addictif" car "quand on a relevé un nid, on n’espère qu’une chose, c’est de voir les tortillons sortir", au terme d’une soixantaine de jours d’incubation.

- Menaces -

Ces suivis, réalisés depuis 1999 en Guadeloupe et depuis 2004 en Martinique, permettent d’"évaluer dans le temps l’état de santé des populations reproductrices", mais aussi d’identifier les menaces, explique Nicolas Paranthoën, animateur territorial en Guadeloupe du Plan national d’action en faveur des tortues marines.

Protégés depuis les années 1990 après plusieurs siècles de pêche, ces emblématiques reptiles sont menacés d’extinction, à l’exception de la tortue verte, repassée au statut de "préoccupation mineure" de l’Union internationale pour la conservation de la nature en 2025.

En Martinique, précise Nicolas Paranthoën, la tendance est "stable" pour la tortue imbriquée, avec "environ un millier de traces" de ponte chaque année depuis le début des suivis, et une croissance "toute relative" pour la tortue verte.

En revanche, "un déclin assez important" de la tortue luth a été constaté, de 500 nids par an il y a deux décennies à seulement 300 actuellement.

"On est en train de perdre cette tortue", se désole l’animateur territorial, qui appelle à "préserver l’habitat de ponte" sur les plages des Antilles, menacées par l’érosion côtière, la prolifération des sargasses et les espèces exotiques envahissantes, mais aussi par la fréquentation humaine.

En mer également, le nombre d’observations de tortues se nourrissant dans les herbiers marins autour de l’île affiche une "diminution de 28%" entre 2024 et 2025, s’inquiète Jessica Crillon, chargée de mission pour le patrimoine naturel au sein du Parc naturel marin de Martinique, mettant en cause le "fort dérangement" des animaux du fait de l’accroissement des activités nautiques.

Mais les tortues marines des Antilles continuent de surprendre les experts. "Cette année, on a beaucoup de pontes de tortues imbriquées", se félicite Emma Rougier, avec "plus de 600 nids observés" à la fin août.

A.Zhang--ThChM