The China Mail - La responsabilité des pénuries de tomates au Royaume-Uni? Quelle salade!

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La responsabilité des pénuries de tomates au Royaume-Uni? Quelle salade!
La responsabilité des pénuries de tomates au Royaume-Uni? Quelle salade! / Photo: © AFP

La responsabilité des pénuries de tomates au Royaume-Uni? Quelle salade!

La faute au Brexit, au mauvais temps en Espagne, à guerre des prix des supermarchés, à la flambée énergétique ou au gouvernement? Les Britanniques s'interrogent sur les pénuries de produits frais récurrentes dans le pays, et se renvoient la balle des responsabilités.

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Salades, concombres, brocolis, framboises, poivrons... Le pays fait face à des pénuries ponctuelles, souvent localisées mais récurrentes, de certains produits alimentaires. Les étals mal garnis voire vide, et les rationnements dans les magasins se multiplient avec partout des affichettes: "pas plus de trois par client".

A cela s'ajoutent des manques chroniques d'oeufs depuis des mois, à cause de la grippe aviaire.

Les pénuries de produits frais devraient durer encore des semaines, selon les autorités et les chaînes de supermarchés.

Le gouvernement et certaines chaînes de distribution attribuent le problème à une mauvaise météo en Espagne ou au Maroc qui a pesé sur les récoltes, affirmant que le Brexit n'y est pour rien et permettra au contraire de reprendre le contrôle de la politique agricole britannique.

Le ministre espagnol de l'Agriculture, Luis Planas, dans un entretien au Financial Times, a lui aussi dit que le Brexit n'est pas à l'origine des pénuries actuelles au Royaume-Uni, même s'il admet que les coûts et frictions engendrées ont conduit certains petits producteurs à renoncer ou diminuer leurs exports Outre-Manche.

Entre temps, le ministre de l'Alimentation britannique Mark Spencer a sommé les dirigeants des supermarchés d'expliquer "ce qu'ils font pour remplir à nouveau les étalages".

- Betteraves et navets -

La ministre de l'Environnement, Thérèse Coffey, a pour sa part invité les Britanniques à privilégier les aliments locaux et de saison, estimant que trop de denrées importées étaient vendues au Royaume-Uni.

Elle a déclenché une bronca face à la perspective de longs mois de betteraves, navets, courges et pommes sans l'ombre d'une fraise.

Pour les experts, le problème est plus profond qu'une simple mauvaise passe météorologique. La cheffe Thomasina Miers dénonce par exemple un système alimentaire "cassé" reposant sur une agriculture intensive "terriblement gourmande en hydrocarbures" et polluante pour les sols.

Elle appelait ce week-end sur la BBC à un vaste effort de modernisation de l'agriculture au Royaume-Uni s'appuyant sur les dernières avancées technologiques.

La patronne de la fédération agricole NFU, Minette Batters, loue le système britannique qui produit une des nourritures les moins chères au monde comparé aux revenus des habitants, assure-t-elle, mais cette industrie "craque de partout à présent".

D'autant que l'inflation alimentaire, qui avoisine 17%, menace.

Elle enjoignait ces derniers jours le gouvernement de mettre en place une stratégie pour inciter les exploitants agricoles à produire plus, et plaide pour un meilleur partage des coûts, "de la ferme à l'assiette", en passant par les distributeurs, les industries d'emballage, de transport, etc.

L'influent critique gastronomique du Guardian, Jay Rayner, s'est lui fendu d'une tribune fustigeant l'apathie du gouvernement face à ce qu'il décrit comme une déroute annoncée depuis des années, et affirme que les Britanniques doivent accepter de payer plus pour leur nourriture.

- Économiquement non viable -

M. Rayner assure qu'entre la flambée de l'énergie, le Brexit qui augmente la paperasserie et rend difficile le recrutement de saisonniers, et le prix de vente compressés par les géants de la distribution en pleine guerre des prix, la production de nombreuses denrées est devenue "économiquement non viable".

Certains agriculteurs tentent de s'adapter en retardant leurs semis dans l'attente d'une accalmie des prix de l'énergie. D'autres font tout bonnement faillite.

"Notre autosuffisance en a souffert", insiste Jay Rayner, rendant le pays plus dépendant des importations, et plus "vulnérable aux chocs extérieurs" - et ceux des dernières années ont été massifs et successifs: Brexit, pandémie, flambée énergétique et guerre en Ukraine...

Au-delà de ces problèmes, les agriculteurs britanniques avaient prévenu en décembre que le pays allait tout droit vers une crise d'approvisionnement alimentaire en raison de l'envolée des coûts, comme ceux des engrais ou des salariés.

Certains comme la NFU ou M. Rayner affirment en outre que les pénuries chroniques de certaines denrées de base pourraient n'être que le sommet de l'iceberg, pointant du doigt les problèmes d'approvisionnements en pièces détachées ou semi-conducteurs qui plombent notamment l'industrie automobile depuis des mois.

K.Leung--ThChM