The China Mail - En Afghanistan, l'eau manque et les femmes sont les premières victimes

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En Afghanistan, l'eau manque et les femmes sont les premières victimes
En Afghanistan, l'eau manque et les femmes sont les premières victimes / Photo: © AFP/Archives

En Afghanistan, l'eau manque et les femmes sont les premières victimes

Dans le village reculé de Shibar comme ailleurs en Afghanistan, les tâches quotidiennes qui nécessitent de l'eau sont souvent dévolues aux femmes, devenues les premières à subir la sécheresse accrue qui frappe le pays.

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"La cuisine, la vaisselle, aller chercher de l'eau, la lessive, s'occuper des enfants et les laver: l'eau, c'est surtout une affaire de femmes", explique Choukria Attaye, institutrice dans cette localité perchée en haut d'une montagne de la province centrale de Bamiyan.

Avant que le village ne soit pourvu de toilettes et d'une source d'eau claire grâce à l'ONG française Solidarités International (SI), les enfants tombaient souvent malades du fait de l'eau contaminée par les déjections humaines et animales.

Les filles et les femmes devaient en outre faire des kilomètres pour aller puiser de l'eau dans des ruisseaux et des puits.

"Transporter des litres et des litres leur causait des douleurs au dos", souligne Mme Attaye.

L'accès à l'eau est un problème récurrent dans le pays, l'un des plus vulnérables aux effets du changement climatique, et où les 48 millions d'habitants sont déjà englués dans la pauvreté et la malnutrition.

L'Unicef estimait en mai que 31% des Afghans n'avaient pas accès à l'eau potable et 42% à des produits d'hygiène de base, "un fardeau encore plus lourd pour les femmes et les filles".

Les autorités talibanes affirment que les zones rurales disposent en réalité de davantage d'eau propre grâce, assure à l'AFP Motiullah Abid, porte-parole du ministère de l'Eau, à ses propres projets d'accès à l'eau potable et à l'hygiène.

- Un bain par semaine -

Avant qu'Aziza Shouja, une intervenante de Solidarités International, n'organise des sessions de sensibilisation auprès de femmes, "nombre d'entre elles ne savaient pas ce qu'était une bonne hygiène", dit-elle à l'AFP.

Ces réunions dans sa province natale de Bamiyan ont fait baisser le nombre de malades mais le problème "ne peut être résolu en cinq ou six mois, cela demande un effort continu", estime-t-elle.

Elle constate de nombreux cas de diarrhées et de problèmes cutanés sévères. L'eau impropre à la consommation peut aussi causer des nausées et des maladies respiratoires et entraîner la fièvre typhoïde et la malnutrition, relève Mme Shouja.

En contrebas de Shibar, le village de Qavriyak est lui aussi confronté à une pénurie d'eau.

"Il n'y en a pas assez pour se laver ou prendre une douche tous les jours et on n'a pas de toilettes propres", relate Massouma Darweshi, 26 ans, à l'AFP.

Les enfants prennent un bain une fois par semaine et l'eau manque pour laver les couches, mais aussi les serviettes de coton utilisées pour les menstruations.

Les serviettes hygiéniques disponibles au supermarché du village sont un luxe hors de portée, dit Massouma Darweshi.

Dans le village, les femmes tombent souvent malades. Pour se rendre à la clinique la plus proche, il faut emprunter une route cahoteuse, à motocyclette ou à dos d'âne.

Les femmes utilisent aussi des ânes pour aller chercher de l'eau à travers des gorges quasi asséchées.

- Puits inaccessibles -

Dans la province centrale de Maidan Wardak, tous les puits du village de Chinzai, où vit Gol Babo, ont été bouchés par les crues subites de juin, qui plutôt que d'apporter l'eau qui manquait, ont dévasté les maisons et emporté le bétail.

Désormais, les femmes doivent partager les toilettes avec les hommes du village. Une source de gène pour les habitants, qui baignent dans une culture très conservatrice renforcée par l'"apartheid de genre" imposé par les talibans depuis leur retour au pouvoir en 2021, selon l'ONU.

Autre conséquence du manque d'eau, Gol Babo et sa fille doivent improviser des serviettes en découpant des vêtements sales quand elles ont leurs règles.

Tout ce qui reste à Gol Babo est posé près de la tente où sa famille vit désormais, sans matelas ou tapis pour les protéger des insectes.

"L'eau que nous avons suffit juste pour boire, donc nous n'en avons pas pour laver nos affaires", dit-elle. "Tout est dehors, sale".

Z.Huang--ThChM