The China Mail - A Dijon, la seule ZAD urbaine de France en sursis

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A Dijon, la seule ZAD urbaine de France en sursis
A Dijon, la seule ZAD urbaine de France en sursis / Photo: © AFP

A Dijon, la seule ZAD urbaine de France en sursis

En plein cœur de Dijon, des squatteurs ont créé en 2010 le "Quartier libre des Lentillères", où ils défendent une vie affranchie des logiques marchandes. Le ministère de l'Intérieur, lui, voit dans cette "seule ZAD urbaine de France" un foyer de "contestation", que la mairie menace d'expulser.

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Non loin des riches hôtels particuliers du centre-ville historique, un îlot de végétation dense se laisse à peine découvrir.

Dans cette jungle surprenante, un labyrinthe de sentiers mène à un habitat disparate : des cabanes à l'architecture hésitante; de vieux bâtiments squattés; des caravanes prises de moisissures.

"Bienvenue au quartier libre des Lentillères", annonce un panneau envahi de lierre.

"On est une petite centaine", évalue "Tristan" (prénom d'emprunt), 31 ans, qui y vit "depuis une dizaine d'années". "Je n'avais pas de logement. Je me suis installé ici par nécessité, mais aussi par choix: je voulais participer à la lutte contre un projet destructeur", dit-il à l'AFP.

En mars 2010, des militants investissent ces anciennes terres maraîchères, où des riverains cultivent encore de petits lopins, pour empêcher un projet immobilier de 1.400 logements.

Au fil des ans, le site de 8 hectares s'équipe pour vivre en autarcie: un four à pain, un potager, une "cantine à prix libre" et un "bar à caca" (des toilettes sèches).

"Mais on ne revendique pas le statut de ZAD", précise Tristan en référence aux "Zones à défendre" dont la plus célèbre fut montée par les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. "On est un quartier autogéré", préfère-t-il.

"Et solidaire", ajoute "Camille", 32 ans, aux Lentillères depuis cinq ans: beaucoup d'occupants qui travaillent aident financièrement ceux dans le besoin.

"De toute façon, on a besoin de très peu car on recycle, on mange nos propres légumes", explique-t-elle. "C'est un modèle économique viable. On l'a prouvé".

"On vit tous ensemble: des familles, des exilés...", ajoute-t-elle. "On accueille ici ceux qui ne rentrent pas dans les cases", confirme Tristan.

- Ultimatum -

En novembre 2019, les occupants des Lentillères obtiennent l'abandon partiel du projet immobilier mais la mairie continue à réclamer leur "régularisation".

Il est vrai que l'existence de cette zone de non-droit en plein Dijon fait mauvaise figure pour le maire d'alors, François Rebsamen, un socialiste Macron-compatible qui cherche à devenir ministre (ce sera fait fin 2014 à l'Aménagement du territoire).

Accentuant la pression, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, annonce en 2023 ne plus tolérer "aucune ZAD".

Selon lui, les Lentillères sont la "seule ZAD urbaine de France" et figurent parmi 42 sites susceptibles de "faire naître des contestations extrêmement violentes".

Dijon a "besoin de logements", ajoute la socialiste Nathalie Koenders, devenue maire après la nomination de M. Rebsamen au gouvernement. "On a 1.000 demandes en attente", dit-elle. Elle relance donc un projet immobilier, de 60 logements cette fois, sur 1,14 hectare de la ZAD.

"On ne construira pas sur le reste", promet-elle à l'AFP, à condition que les occupants "légalisent" leur situation, par exemple en créant une association qui signerait un bail avec la mairie. "Je tends la main. Mais je leur donne un ultimatum jusqu'à octobre. Sinon, ce sera l'expulsion", avertit la maire.

Mme Koenders dénonce en particulier des conditions de vie "déplorables". Elle reconnaît ne jamais être entrée dans la ZAD mais en veut pour preuve un incendie survenu en janvier dernier.

Selon le premier adjoint de la maire, Antoine Hoareau, qui s'était rendu sur place, le feu a révélé un "véritable bidonville", "loin de la vision idyllique" véhiculée par les occupants.

Les zadistes n'ont toujours pas arrêté leur réponse à la mairie, disant avoir "besoin de temps", selon Tristan.

Dans la quête d'une solution, il faudra de plus compter sur la centaine de riverains qui cultivent un petit jardin aux Lentillères et sont également contre sa "bétonisation".

"Non, je ne veux pas qu'ils construisent", déclare à l'AFP Roland Garrot, 77 ans, repiquant des fraisiers dans son potager. "Je suis ici depuis 40 ans environ, avant le quartier libre. Depuis qu'ils se sont installés, je n'ai jamais eu de problème".

R.Lin--ThChM