The China Mail - Bois plutôt que pétrole: le pari d'un industriel face à la crise de la chimie allemande

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Bois plutôt que pétrole: le pari d'un industriel face à la crise de la chimie allemande
Bois plutôt que pétrole: le pari d'un industriel face à la crise de la chimie allemande / Photo: © AFP

Bois plutôt que pétrole: le pari d'un industriel face à la crise de la chimie allemande

Johannes Brodowski, un responsable régional d'une forêt de l'Est de l'Allemagne, examine un tas de bois de hêtre fraîchement coupé, destiné à remplacer les énergies fossiles dans des procédés de l'industrie chimique. Un pari écologique dont la rentabilité reste incertaine.

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Le groupe papetier finlandais UPM, spécialisée dans les biomatériaux, a inauguré durant l'été 2025 une raffinerie de produits biochimiques en Allemagne, un investissement de 1,3 milliard d'euros réalisé sans aide publique.

Celui-ci a tout d'un défi, en pleine crise industrielle allemande. La chimie est particulièrement pénalisée par les coûts de l'énergie élevés et les surcapacités mondiales, si bien que la production du secteur, jadis un fleuron, est à son plus bas depuis 1995.

Dans la région de Leuna, ancien bastion industriel très pollué de l'ex-RDA, UPM veut démontrer qu'on peut réussir en se sevrant des hydrocarbures grâce à la biomasse, c'est-à-dire en transformant des matières organiques en bioénergie.

A partir de procédés innovants mais coûteux, l'entreprise espère convaincre une variété d'industries, en Europe comme en Asie, de verdir.

Aujourd'hui, plus de 80% des produits chimiques allemands reposent sur des matières fossiles importées, selon Paul Münnich d'Agora Energiewende, un groupe d'expert de la transition énergétique.

- Vestes polaires -

Misant sur certaines propriétés du hêtre, UPM a passé un contrat d'approvisionnement avec le Land de Saxe-Anhalt, riche en forêts.

Vêtu d'une veste orange fluo, Johannes Brodowski, responsable adjoint des opérations forestières régionales, explique que le groupe finlandais s'intéresse aux branches, moins commercialisées que les troncs et en général incinérées dans les usines.

A l'avenir, elles pourront servir à fabriquer "des vestes polaires", explique le garde forestier qui, ravi de ce nouveau débouché pour la sylviculture, table sur une hausse de 20 à 30% de la production régionale de hêtre.

Le bois est transformé au parc chimique de Leuna, qui héberge plus d'une centaine d'entreprises. Ici flotte une odeur d'oeuf pourri caractéristique de cette industrie. Sur le site d'UPM, une autre senteur, plus sucrée, s'échappe d'un bâtiment.

A l'intérieur, les copeaux de bois sont traités pour qu'ils éclatent "comme du pop-corn" jusqu'à former une bouillie, mise à fermenter dans d'immenses cuves métalliques, explique Martin Ledwon, vice-responsable de la communication de l'entreprise.

A la fin du processus, deux types de produits: d'une part, des liquides utilisés pour fabriquer des vêtements ou des bouteilles, et d'autre part une poudre brune pouvant remplacer le noir de carbone issu d'énergies fossiles, qu'on retrouve notamment dans les pneus.

- Décision "courageuse" -

Le site espère tourner à plein régime en 2027 avec une production annuelle de 220.000 tonnes de produits chimiques.

Ce serait une rare éclaircie en pleine crise de l'industrie chimique allemande, illustrée par la fermeture prochaine, près de Leuna, de deux usines du groupe américain Dow.

Mais la rentabilité du projet est incertaine : les investissements et les délais de construction ont plus que doublé, principalement à cause de la pandémie de Covid-19. Ouvrir l'usine a donc été une "décision très courageuse", juge Harald Dialer, responsable du site.

Mais il veut y croire: "Grâce à des chaînes d'approvisionnement locales, nous pouvons être compétitifs et répondre aux besoins des marchés internationaux."

UPM aimerait pouvoir compter sur un coup de main de l'Etat allemand. Mais l'arrivée au pouvoir d'une coalition dominée par les conservateurs du chancelier Friedrich Merz a rangé au second plan les considérations écologiques.

Confronté à une économie en berne, le gouvernement mise d'avantage sur la dérèglementation que la durabilité pour accroître la compétitivité industrielle. Harald Dialer admet volontiers qu'au lancement du projet en 2020, le développement durable était "plus au centre du débat".

Le responsable d'UPM avance donc d'autres arguments. Pour lui, le gouvernement et l'UE devraient appuyer l'industrie du Vieux Continent en imposant des quotas aux produits chimiques chinois à bas prix mais plus polluants.

Des incitations financières "sont aussi nécessaires pour passer du pétrole fossile à la biomasse durable", juge de son côté Paul Münnich d'Agora Energiewende.

R.Yeung--ThChM