The China Mail - A Rio, les bus en première ligne dans la guerre entre narcotrafiquants et police

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A Rio, les bus en première ligne dans la guerre entre narcotrafiquants et police
A Rio, les bus en première ligne dans la guerre entre narcotrafiquants et police / Photo: © AFP

A Rio, les bus en première ligne dans la guerre entre narcotrafiquants et police

Quand un chef de gang de narcotrafiquants a été tué par la police dans une favela de Rio de Janeiro en mars dernier, des individus armés ont pris d'assaut un autobus et l'ont incendié en pleine rue.

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"Ils sont montés, m'ont demandé de faire descendre les passagers et ont mis le feu. C'était très rapide", a raconté à l'AFP le chauffeur Marcio Souza, 48 ans, visiblement choqué.

Cette "situation horrible" est loin d'être un cas isolé dans la ville brésilienne de près de sept millions d'habitants, une des destinations touristiques les plus prisées au monde.

Les affrontements entre policiers et groupes criminels lourdement armés -- ou entre bandes rivales -- sont courants dans les favelas, quartiers pauvres et densément peuplés où les habitants vivent sous le joug des narcotrafiquants.

Les bus qui passent aux abords des favelas, une fois aux mains des gangs, sont le plus souvent placés en travers de la route, comme des barricades pour empêcher le passage des forces de l'ordre. Semer le chaos dans la ville est aussi une sorte de démonstration de force.

En octobre dernier, lors de l'intervention policière la plus meurtrière du Brésil, qui a fait plus de 120 morts, une centaine de bus avaient été utilisés comme barricades.

- Métier à risque -

Joao, chauffeur de bus de 35 ans qui préfère être cité sous un pseudonyme de peur de représailles, a vécu un moment de "terreur" récemment.

À Madureira, quartier populaire du nord de Rio, des individus à moto l'ont agressé, lui ont pris ses clés et ont aspergé son bus d'essence. La police est arrivée juste à temps pour éviter l'incendie.

"À ce moment-là, j'ai pensé à ma famille. J'ai cru que le pire allait arriver", raconte ce père de deux filles de 16 et 10 ans.

"Mes proches me soutiennent car ils savent que j'ai toujours rêvé d'être chauffeur de bus. Mais ils ont peur, sans savoir si je vais rentrer à la maison sain et sauf", ajoute cet homme qui exerce cette profession depuis 15 ans.

Près de 200 chauffeurs ont été en arrêt de travail l'an dernier à cause de problèmes de stress entraînant jusqu'à des crises de panique, selon Paulo Valente, porte-parole de RioOnibus, association qui représente les entreprises d'un secteur employant 14.000 chauffeurs à Rio.

Au total, 245 bus ont été utilisés comme barricades en 2025, plus du double de l'année précédente.

L'inquiétude gagne également les usagers des transports publics. "Je ne prends plus le bus, c'est trop dangereux", dit Elisiane, 43 ans, qui préfère ne pas révéler son nom de famille.

Monica Correia, auxiliaire de vie de 56 ans, rapporte sortir de chez elle trois heures à l'avance pour être sûre d'arriver à l'heure au travail.

- "Bande de Gaza" -

Embouteillages monstres, changements d'itinéraires: les incidents avec les bus causés par le crime organisé "ont un impact direct sur l'économie et sur l'image de la ville", affirme Paulo Valente.

Ils bouleversent notamment la vie des habitants des quartiers populaires du nord, qui le jour vont travailler dans les quartiers chics et touristiques du sud, avant de rentrer chez eux.

Lors de la sanglante opération policière d'octobre, environ 500.000 personnes n'ont pas pu terminer leurs trajets en bus. Commerces fermés, employés dans l'incapacité de rejoindre leur lieu de travail: une situation aux airs de couvre-feu en plein jour.

Face à ces violences, les autorités tentent de minimiser les conséquences, en prévenant par exemple RioOnibus avant une intervention policière. La police de Rio n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

En octobre 2023, quand 35 bus avaient été incendiés, le président Luiz Inacio Lula da Silva avait déploré des "scènes dignes de la bande de Gaza".

Les jeunes ne sont pas épargnés. Environ 190.000 élèves ont été empêchés de se rendre à l'école en transport en commun entre janvier 2023 et juillet 2025 en raison de problèmes de sécurité, selon une étude récente.

"Cela a affecté 95% des écoles publiques, c'est gravissime", dit à l'AFP une co-autrice de cette étude, Maria Isabel Couto, de l'Institut Fogo Cruzado.

Selon elle, la responsabilité est partagée: "La mainmise de groupes armés sur certains territoires a un fort impact sur les problèmes de mobilité, mais l'État ne peut pas se cacher derrière cela, car il joue un rôle dans la production de ces violences et de ces inégalités."

G.Tsang--ThChM