The China Mail - Classés sans suite: la plateforme supprime la possibilité aux victimes de nommer leurs agresseurs

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Classés sans suite: la plateforme supprime la possibilité aux victimes de nommer leurs agresseurs

Classés sans suite: la plateforme supprime la possibilité aux victimes de nommer leurs agresseurs

Classés sans suite, une plateforme en ligne lancée après le meurtre de Lyhanna, permettant aux victimes de violences sexuelles de raconter leur histoire, annonce jeudi supprimer la possibilité d’identifier les agresseurs présumés.

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"Nommer une personne dans un témoignage expose la victime à des poursuites, même quand les faits ont été signalés aux autorités, même quand une enquête a été ouverte", indique le collectif à l'origine de la plateforme pour expliquer sa décision.

"C'est cette asymétrie que nous combattons. Témoigner de ce qu’on a vécu n’est pas rendre un verdict. Mais nous ne pouvons pas, en conscience, laisser des personnes vulnérables exposées à ce risque pendant que nous menons ce combat", précise Clémence Andrieux, une des membres du collectif.

La plateforme Classés sans suite a été lancée quelques jours après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, et la mise en examen pour enlèvement et séquestration de Jérôme Barella, déjà visé par le passé par plusieurs signalements et plaintes pour agressions sexuelles et viols.

En quelques jours, plus de 5.600 personnes ont raconté anonymement ce qui leur était arrivé: agressions, viols, inceste.

Sa fondatrice, la réalisatrice féministe Eve Simonet, s'est mise en retrait, elle-même accusée d'agression sexuelle par une femme depuis le lancement du site.

La plateforme permettait aux victimes de citer le nom de leur agresseur présumé.

"J'ai subi plusieurs faits commis par un chauffeur de bus et de cars", témoignait par exemple une habitante de Pontivy (Morbihan), en précisant la date et l'identité de l'homme qu'elle accuse.

Dans un premier temps, Classés sans suite revendiquait de laisser cette possibilité aux victimes. "Je suis consciente que la question de la présomption d'innocence se pose, tout en estimant que la parole d'une victime sur sa propre expérience n'y contrevient pas", avait expliqué à l'AFP Clémence Andrieux, l'une des membres du collectif.

Une démarche que ne cautionne pas Anne Bouillon, avocate engagée depuis vingt ans dans la défense des femmes victimes de viols et d’agressions.

"J'entends parfaitement ce besoin de pouvoir s'exprimer, de pouvoir dire et dénoncer. Il est viscéral ce besoin, quand on a subi des faits d'agression sexuelle, de viol et qu'on est muselé, et qu'on est réduit au silence. Mais la justice c'est dans les tribunaux !", insiste-t-elle.

Même réaction pour Arnaud Gallais, président de l'association Mouv'enfants et lui-même victime d'inceste dans son enfance. "J’ai balancé le nom d’un de mes agresseurs quand celui-ci est mort mais je ne donnerai pas le nom des deux autres parce que finalement je ne leur souhaite pas de recevoir des messages, des menaces".

- "Montrer les défaillances" -

L'objectif premier de la plateforme est de "rendre visible l'invisible, pour montrer la réalité des violences sexistes, sexuelles et aussi intrafamiliales en France", déclare Clémence Andrieux.

Tout le monde peut livrer un témoignage, en précisant l'année, le lieu et le statut de l'affaire: "On a la possibilité d’indiquer si une plainte a été déposée, mais aussi de préciser si ce n’est pas le cas, car nous savons que de nombreuses victimes ne portent pas plainte ", ajoute-t-elle.

Une page blanche pour celles et ceux qui n'ont pas pu parler ou qui n'ont pas été crus. Selon Clémence Andrieux, la plateforme sert à "montrer les défaillances de la justice, de l'État et de la société (...) qui est plus favorable aujourd'hui aux agresseurs qu'aux victimes".

"J'ai été agressée un an avant de porter plainte en 2013 dans un parking à côté de mon lycée", raconte une Rennaise. "De mes sept à mes neuf ans, mon demi-frère m’a fait subir des violences sexuelles", témoigne une autre femme, qui précise que la plainte a été classée.

Selon les chiffres de 2023 du ministère de la Justice, 70% des plaintes pour viol en France sont classées sans suite.

"L'anonymisation ne retire rien à la force de ces témoignages. Les faits sont là. Les motifs de classement sont là", conclut le collectif.

P.Deng--ThChM