The China Mail - Après un été sec et brûlant, la moule française en souffrance

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Après un été sec et brûlant, la moule française en souffrance
Après un été sec et brûlant, la moule française en souffrance / Photo: © AFP/Archives

Après un été sec et brûlant, la moule française en souffrance

Sa coquille noire a subi les canicules de plein fouet, la sécheresse l'a privée de nutriments: la moule française a vu sa production amputée d'un quart cet été, selon les professionnels, qui envisagent l'avenir avec anxiété.

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Dans la baie de Pont-Mahé (Loire-Atlantique), près de l'embouchure de la Vilaine, les pieux de bois sont alignés à perte de vue sur l'estran, la partie du littoral alternativement couverte et découverte par la mer avec la marée.

Le bateau de Gilles Foucher, mytiliculteur à Pénestin (Morbihan), glisse lentement entre les rangées, arrachant à l'aide d'une grue les moules de leurs pieux, avant de les décharger dans des caisses en plastique.

"Vous voyez: sur une trentaine de kilos de moules sur un pieu, il n'y en aura qu'une vingtaine qui seront vendues", montre l'éleveur de mollusques. "Nous avons beaucoup de petites moules sous taille, qui ne sont pas vendables", explique-t-il.

Le Breton estime son manque à gagner entre 20 et 25% de sa production habituelle, du fait de l'impact cumulé des canicules et de la sécheresse.

"Quand il fait plus chaud, les moules consomment plus d'énergie. Et, en même temps, comme il ne pleut pas, il n'y a pas de sels nutritifs dans l'eau. Donc il y a moins de phytoplancton et elles s'alimentent moins", décrit Fabrice Pernet, chercheur à l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (Ifremer). "Donc la balance énergétique leur est plutôt défavorable".

- Année "catastrophique" -

A l'échelle de la France, les professionnels estiment leur perte "à un quart de la production", selon Philippe Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture. Ces dernières années, la France a produit entre 49.000 et 66.000 tonnes de moules, selon le ministère de l'Agriculture.

Au nord de la Bretagne, dans la baie de Saint-Brieuc, le mytiliculteur Guillaume Hurtaud, évoque une année "catastrophique", avec entre 60 et 75% de perte de production de moules, sous l'effet conjugué d'attaques "massives" d'araignées de mer, du réchauffement climatique et de l'acidification de l'océan.

Le CO2 émis par les activités humaines ne réchauffe pas seulement l'atmosphère: il se dissout également dans les océans et en change la composition chimique. L'eau de mer devient plus acide, et donc plus corrosive, compliquant la croissance des organismes calcaires, comme les moules ou les huîtres.

"La moule est de plus en plus petite. Ça fait quatre ou cinq ans qu'on le voit vraiment", remarque M. Hurtaud. "Ce n'est clairement pas rentable aujourd'hui, je ne sais pas combien de temps je vais tenir".

- 100% de mortalité en Méditerrannée -

Fabrice Pernet, avec d'autres chercheurs, étudie justement l'effet du réchauffement climatique sur la conchyliculture. Dans des conteneurs à l'entrée de la rade de Brest et dans l'étang de Thau (Hérault), ils simulent le réchauffement (+1°C à +3°C) et l'acidification de l'océan prévus d'ici à 2100.

L'an dernier, les scientifiques avaient prédit un "effondrement total" de la production de moules en Méditerranée avec les conditions climatiques attendues en 2050, dans une étude publiée par la revue Earth's Future.

Mais avec les canicules à répétition des derniers mois, l'effondrement a eu lieu dès cet été dans l'étang de Thau. "On a eu 100% de mortalité: on a perdu tout notre élevage de moules dans les conditions ambiantes", c'est-à-dire sans ajout de CO2 ou de chaleur, souligne-t-il.

Les moules placées dans les conditions attendues en 2050 (+1°C) sont mortes seulement trois semaines plus tôt. "On est rattrapé par le climat", constate-t-il.

Cette mortalité massive n'a, pour le moment, pas atteint le nord du pays, malgré les chaleurs exceptionnelles relevées jusque dans la baie de Pont-Mahé, où la température de l'eau à frôlé les 29°C fin juin. "C'est quand même une bonne nouvelle: l'augmentation de la température n'a pas tué nos moules", se félicite Gilles Foucher.

Le mytiliculteur appelle cependant à une réflexion collective sur l'adaptation de la profession au réchauffement climatique. "Ce qu'on a connu cet été, ce sera une année moyenne" en 2050. "Donc, c'est quoi la mytiliculture dans 20 ou 30 ans?", s'interroge-t-il.

F.Brown--ThChM