AEX
5.6100
Avec des températures "exceptionnellement élevées" lundi dans 49 départements placés en vigilance rouge par Météo-France, 35 millions de Français sont confrontés à la canicule qui provoque fermetures d'écoles, suppressions de trains et horaires de travail décalés.
Des records nocturnes ont été battus à Tours (24,8°C) ou Poitiers (24,6°C) et au plus chaud de la journée, le thermomètre doit osciller entre 36°C et 43°C à travers le pays. Une baisse du mercure n'est pas attendue avant la fin de semaine.
Quarante autres départements sont placés en vigilance orange au moins jusqu'à mardi: au total, 90% de la population française est exposée à des chaleurs extrêmes et exceptionnelles, du jamais-vu.
"On est obligé de subir, on n'a pas le choix", déclare, fataliste, un gardien d'immeuble du quartier populaire de l'Abreuvoir à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Le père de trois enfants, qui possède autant de ventilateurs dans son logement, en sort dès que possible pour "prendre un peu d'air". Dans une tour voisine, Jocelyne Kharabet, assistante administrative de 25 ans, "préfère rester à la maison" au maximum.
Dimanche, trois personnes âgées sont décédées à leur domicile en Gironde en raison des fortes chaleurs, selon la préfecture. Au moins 13 personnes se sont noyées au cours du week-end en France, selon la Sécurité civile.
- "Les urgences tiennent" -
Dans la rue, la chaleur pèse lourdement sur les sans-abri: "Si c'est ça tout l'été, ça va être quelque chose", soupire Florent David, venu trouver "un peu de fraîcheur" dans un centre d'accueil d'urgence déployé par la mairie de Bordeaux et la Croix-Rouge avec des bénévoles de la Réserve métropolitaine.
"L'hiver, c'est plus facile de se couvrir pour se protéger du froid", estime le SDF de 58 ans.
Malgré une très forte augmentation des appels, "il semble (...) que le système de santé ne soit pas particulièrement en tension dans les services d'urgence", a déclaré la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lundi sur TF1.
"Les urgences tiennent", ont confirmé lundi des représentants de la profession.
L'épisode perturbe fortement la vie scolaire, avec 845 écoles et collèges fermés lundi et 1.800 autres aux horaires aménagés sur les 60.000 établissements du pays, selon le ministère de l'Éducation nationale.
À Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), où la moitié des écoles sont concernées, des élèves ont été accueillis dans des salons climatisés du stade de rugby.
Dans une maternelle de Bordeaux, Justine, mère divorcée de 35 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, raconte "se relayer avec des voisins" pour récupérer son fils à la pause-déjeuner: "Sinon, je le mets en danger".
"Pour rénover ou mettre une clim', les collectivités et l'État se renvoient la balle sans cesse. Visiblement, les enfants, ça ne compte pas", peste de son côté, sous couvert d'anonymat, une professeure des écoles du bassin d'Arcachon.
Des oraux du baccalauréat ont été reportés dans plusieurs académies mais des milliers d'élèves doivent plancher sous une chaleur accablante. La région Île-de-France va débloquer une aide d'un million d'euros afin que 500 lycées centres d'examen puissent s'équiper en ventilateurs et brumisateurs.
- "Éviter" le train -
Certaines professions n'échappent pas, elles, au travail en extérieur et les autorités autorisent les chantiers à démarrer plus tôt : dès 5H00 dans le Finistère, à 06H00 en Gironde.
"Il n'y a pas de secret, il faut boire beaucoup, heureusement on a la fontaine à eau et je peux faire des pauses dans le camion", témoigne Théo Ararat, 21 ans, peintre en bâtiment à Bordeaux.
Alors que le réseau ferroviaire est soumis à rude épreuve, les rails surchauffant, le PDG de la SNCF, Jean Castex, a invité les voyageurs les plus "vulnérables" à "éviter de prendre le train". Un sur 10 a été supprimé lundi en Île-de-France, de façon préventive.
À la gare Saint-Charles à Marseille, les services de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur distribuaient gourdes, chapeaux et éventails aux usagers. "Le train, est-ce qu'il va bien aller jusqu'à Paris ? J'ai déjà eu l'expérience d'être coincé pendant deux heures à cause de la chaleur. Je croise les doigts", confiait l'un d'eux.
Conséquence des températures brûlantes, "l'assèchement de la végétation" provoque des feux de cultures et de broussailles. Le risque d'incendie est considéré comme "élevé" dans 17 départements du centre-ouest et du sud-est du pays.
La canicule frappe aussi le reste de l'Europe, comme le Royaume-Uni, la Croatie, le Portugal et l'Espagne.
Selon le consensus scientifique, le changement climatique induit par l'activité humaine rend plus intenses les phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur.
Les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici à 2050.
K.Lam--ThChM