The China Mail - "Il faut tout refaire": les inondations, un tsunami pour les PME du Pas-de-Calais

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"Il faut tout refaire": les inondations, un tsunami pour les PME du Pas-de-Calais
"Il faut tout refaire": les inondations, un tsunami pour les PME du Pas-de-Calais / Photo: © AFP

"Il faut tout refaire": les inondations, un tsunami pour les PME du Pas-de-Calais

Du pain, des cagettes et des paquets de farine flottent dans la boulangerie d'Ulysse Toulet à Montreuil-sur-Mer. Après deux semaines d'intempéries et d'inondations dans le Pas-de-Calais, l'eau de la Canche peine à s'évacuer. Choqué, il ignore aujourd'hui quand il pourra rouvrir.

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"Financièrement c’est catastrophique, entre les crises Covid et énergétique. Là, on est à l’arrêt total, sans indemnisation. On va être fermé le temps que l’eau se vide, qu’on nettoie, qu’on décontamine, qu’on remplace les machines", soupire le propriétaire des lieux.

En fin de semaine dernière, l'eau de la rivière est arrivée par les murs, par le sol, jusqu'à 1m20. Le liquide stagnant était redescendu lentement jeudi après-midi à 30 cm.

L'odeur d'eau croupie embaume toutes les pièces. Le boulanger constate les dégâts, sous le claquement des conserves dans l'eau marronnasse où s'entremêlent boue, égouts et fioul, une cuve ayant lâché à proximité.

Un four flambant neuf à 150.000 euros est désormais inutilisable, tout comme ses chambres de fermentation à 15.000 euros pièce. Sa boulangerie bénéficie d'une certaine notoriété: il a participé à une émission sur M6 en 2017 et son pain au chocolat a été classé en 2021 par Le Monde dans le top 15 des meilleurs de France.

- Chocolats grand cru -

"On a des stocks de farine de blé ancien qui sont complètement fichus. Les frigos aussi, avec 3.000 euros de beurre AOP, 5.000 euros de farine, des chocolats grand cru", peste M. Toulet.

Il envisage des mois de fermeture: "J'ai placé mes sept salariés au chômage partiel dès jeudi 9 novembre. Mais avec mon épouse, on n’a pas de revenu, pas de chômage partiel", regrette-t-il.

En déplacement dans le département mardi, le chef de l'Etat a annoncé le déblocage d'un "fonds de soutien" de 50 millions d'euros à destination des collectivités.

La région Hauts-de-France et la Chambre de commerce et d'Industrie (CCI) ont eux monté un groupe de travail spécifique pour venir en aide aux 400 entreprises du département directement affectées par les intempéries. Et autant qui ne sont pas touchées, mais où les clients ne peuvent pour l'instant plus accéder.

"Ca ne reprendra pas avant des mois. Plus ça dure, plus ça va coûter cher avec les travaux, le chômage partiel... On fait tout pour éviter les fermetures mais aujourd’hui, il y a un risque", affirme à l'AFP Philippe Hourdain, président de la CCI régionale.

- Chambres d'hôtes -

Dans le petit village de la Madelaine-sous-Montreuil, à quelques kilomètres, les eaux du marais et de la Canche ont enseveli le terrain de Juliette Medelli, 35 ans.

Elle a besoin d'une barque pour accéder à ses quatre chambres d'hôtes, où l'eau est montée jusqu'à 1m50. "J'ai dû sortir ma tenue de plongée", ironise-t-elle.

"Dans les chambres d’hôtes, il faut tout refaire. Normalement, on fonctionne d’avril à octobre. Mais là, on n'y arrivera pas", regrette Mme Medelli dans son complet imperméable, de l'eau jusqu'aux genoux.

La verrière est inondée, la serre aussi. L'isolant du parquet, complètement moisi, remonte du parquet ébranlé.

Son mari est architecte paysagiste. "Une grande partie de son activité se passait ici. Son atelier est sous l'eau. Il a réussi à sauver quelques outils mais là, on n'a plus aucune activité", abonde-t-elle.

Elle s'est immédiatement posée la question: doivent-ils déménager ? "Peut-être qu'on va y être contraint. Et si on doit refaire, comment refaire ?"

Ces inondations dévastatrices risquent d'avoir un impact fort pour les villages du Montreuillois, zone touristique importante de la côte d'Opale, toujours sous l'eau vendredi matin.

"Une semaine après le déluge, on est épuisé, moralement et physiquement. Mais on n'a pas le droit de baisser les bras. Notre urgence, là, c’est de connaître nos indemnités d'assurance, pour savoir avec quelle base on va repartir. Peut-être une ou deux chambres", espère Juliette Medelli.

A.Sun--ThChM