The China Mail - Sur le bassin d'Arcachon, la délicate préservation d'une plante "refuge de la biodiversité"

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Sur le bassin d'Arcachon, la délicate préservation d'une plante "refuge de la biodiversité"
Sur le bassin d'Arcachon, la délicate préservation d'une plante "refuge de la biodiversité" / Photo: © AFP

Sur le bassin d'Arcachon, la délicate préservation d'une plante "refuge de la biodiversité"

Accroupis dans la vase, les scientifiques du parc naturel marin du bassin d'Arcachon, les mains pleines de boue, s'activent, avant le retour de la marée, pour une mission d'envergure: "restaurer" le plus grand herbier d'Europe.

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Ces bancs de plantes aquatiques, typiques des lagunes de la façade Atlantique, sont un "refuge pour la biodiversité", vital à l'écosystème du bassin, explique Florane Le Bihanic, en charge de la qualité des eaux du parc marin.

Les zostères marines, qui poussent sous l'eau en bord de chenal, servent d'abri aux hippocampes ou de nurserie pour les sèches qui viennent y pondre leurs œufs, tandis que leurs cousines zostères naines, immergées sur la vase à marée basse, forment un réservoir de nourriture pour les oies bernaches lors des migrations.

Leurs racines stabilisent les sols, tandis que leurs feuilles ralentissent l'érosion des côtes, en freinant les courants, et clarifient l'eau, en captant les matières en suspension, poursuit l'écotoxicologue.

- "Effet cocktail" -

Avec ses équipes, armées de carottes de métal, et progressant dans les boues limoneuses à l'aide de grandes plaques de bois sanglées sous les bottes pour ne pas s'y enfoncer comme dans des sables mouvants, la scientifique vient transplanter, une à une, des jeunes pousses de zostère, dans les zones où ces plantes, aux faux airs d'algues, ont été décimées.

"Indispensables à la vie", les herbiers de zostères ont entamé un sévère déclin il y a vingt ans - entre 85% de baisse pour la plante sous-marine et 44% pour sa cousine naine semi-aquatique - sous "l'effet cocktail" du réchauffement climatique et de la fréquentation des bateaux de pêche et de plaisance, s'alarme Hervé Caroff, le directeur délégué adjoint du parc marin.

A bord d'un bateau de l'Office français de la biodiversité (OFB), une agence qui, comme la gendarmerie ou les affaires maritimes, a un pouvoir de police des mers, l'homme patrouille à la recherche de navires voguant près de ces zostères, invisibles sous l'eau ou confondues avec des algues pour l'œil non averti.

L'ancre des navires arrache souvent cette espèce protégée et les biocides utilisés pour nettoyer les coques des bateaux nuisent à son développement, rappelle cet agent de l'OFB aux plaisanciers abordés, en leur distribuant un livret d'horaires des marées et en suggérant une application de navigation intégrant la carte des zones de peuplement de la plante fragilisée.

- "Faut sévir les gars" -

"La prévention, c'est bien un moment mais faut sévir les gars! Les types l'été font n'importe quoi ici!", harangue un vieux pêcheur, accosté par l'OFB sur son bateau au large du lieu-dit l'Herbe, à poignée de kilomètres du débouché du bassin sur l'Atlantique.

Ici, entre la pointe du huppé Cap Ferret et les très touristiques plages d'Arcachon et de la dune du Pilat, jusqu'à 12.000 bateaux ont le droit de mouiller, sans compter les passages, sans arrêts, de plaisanciers.

"Ca fait une énorme fréquentation sur un espace relativement restreint", avec une surface "qui se réduit des deux tiers à marée basse", ne laissant avec un fond d'eau suffisant à la navigation, que les seuls chenaux et passes abritant des herbiers à faible profondeur, analyse M. Caroff.

Dans ces zones, jeter l'ancre est strictement interdit, et passible de 150.000 euros d'amende et trois ans de prison pour destruction d'espèces protégées, rappellent les agents de l'OFB, qui assurent avoir distribué de premiers procès-verbaux, "avec une démarche gradation", à l'été 2024 aux plaisanciers récalcitrants.

En novembre dernier à Marseille, la justice française avait reconnu, pour la première fois, le préjudice écologique d'atteinte à l'herbier, en infligeant de lourdes amendes à deux navires ayant mouillé dans des zones interdites.

Deux capitaines de yacht ont ainsi dû verser un total de 35.000 euros d'amende et plus de 105.000 euros d'indemnités de réparation pour avoir détruit des herbiers de posidonie, une plante protégée de Méditerranée, cousine des zostères de la façade Atlantique.

U.Chen--ThChM