The China Mail - Déplacer le village de Miquelon: pas un modèle mais des leçons à tirer, selon une géographe

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Déplacer le village de Miquelon: pas un modèle mais des leçons à tirer, selon une géographe
Déplacer le village de Miquelon: pas un modèle mais des leçons à tirer, selon une géographe / Photo: © AFP/Archives

Déplacer le village de Miquelon: pas un modèle mais des leçons à tirer, selon une géographe

Présenté comme le premier village de France relocalisé face à la montée des eaux, Miquelon, dans l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, avance dans son déplacement: après la tempête Fiona en 2022 et le début des aménagements, la phase 2 du projet va commencer. Interrogée par l'AFP, la géographe Xenia Philippenko analyse les avancées et les limites de l'opération.

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La maîtresse de conférences à l'université du Littoral Côte d'Opale, à Dunkerque (Nord), a consacré sa thèse, soutenue en 2023 à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et primée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), à l'adaptation de Saint-Pierre-et-Miquelon au changement climatique.

Question: Votre enquête de 2019 montrait que 89% des personnes interrogées étaient favorables au déplacement du village. Où en est-on ?

Réponse: L'adhésion au projet reste forte, bien que nuancée. Tout le monde ne le soutient pas par conviction écologique ou climatique: pour beaucoup, c'est surtout la seule solution d'avenir pour le village.

La tempête Fiona a rendu l'impact du changement climatique concret pour les Miquelonnais et a eu un effet d'accélérateur pour le projet de relocalisation.

Le début des constructions montre que le projet avance, qu'il n'est pas utopique et il a permis aux personnes hésitantes de se raccrocher à la locomotive.

Mais il reste encore des détracteurs. Certains sont contre par principe, d'autres parce qu'ils ont peur ou parce qu'ils ne croient pas en l'avenir de l'archipel plus généralement.

Cette adhésion se maintient bien depuis le début du projet, il y a quatre ans, mais c'est un travail de tous les jours et de longue haleine pour qu'elle ne s'effrite pas.

Premier point de tension, les indemnisations proposées aux ménages: ceux de la première phase sont satisfaits, mais les dés sont relancés à chaque nouvelle ouverture de parcelles.

Restent la relocalisation des bâtiments publics et des activités professionnelles et la question du lien communautaire entre les habitants du nouveau village et ceux de l'actuel, et plus spécifiquement entre les premiers habitants relocalisés et les détracteurs les plus farouches.

Q: Miquelon peut-il être un modèle pour d'autres communes françaises?

R: La relocalisation de Miquelon n'est pas reproductible à l'identique. En revanche, des enseignements peuvent être tirés et quelques aspects peuvent aussi être repris ailleurs. Côté financements, les communes peuvent solliciter le Fonds Barnier ainsi que la Banque des Territoires.

Premier enseignement: l'importance du portage politique. Si l'équipe municipale ne croit pas dans le projet, il n'ira pas loin, et si mairie, services décentralisés de l'État et région ne travaillent pas ensemble, cela rend les choses plus complexes et plus longues. Second enseignement: la place accordée à la population. Il faut entretenir la confiance mais aussi faire participer et co-construire avec les habitants un projet qui donne envie.

C'est aussi parce que Miquelon est en outre-mer que le projet avance bien: proximité sociale et spatiale avec les différents échelons de pouvoir et de décision, jusqu'au sommet de l'État, communauté villageoise forte avec des solidarités réelles et attachement viscéral des habitants pour leur île.

Enfin, en tant que territoire ultra-marin, l'État ne peut pas abandonner une population: dans l'Hexagone, les gens peuvent partir ailleurs, quitter la région, mais à Saint-Pierre-et-Miquelon, ce n'est pas possible.

Q: Quelles sont les limites?

R: La relocalisation ne règle pas les problèmes de fond de l'archipel, notamment économiques et démographiques. C'est un beau projet, mais qui risque d'avoir coûté beaucoup d'argent pour rien, si aucune solution économique viable n'est mise en place.

Il est difficile d'être autonome et indépendant économiquement lorsqu'un territoire est éloigné, isolé et sans arrière-pays sur lequel compter.

Ensuite, le coût: une relocalisation est extrêmement chère. Il faut chercher des financements conséquents pendant des décennies pour garantir la pérennité du projet. Certains financements peuvent être très volatils et sensibles à la situation politique et économique, nationale comme internationale.

Si le portage politique est un levier de la réussite de la relocalisation, c'est aussi sa faiblesse: un changement politique à la mairie, à la collectivité territoriale ou même à l'Elysée peut drastiquement changer la situation.

Dans le pire des scénarios, on peut se retrouver avec 25 maisons construites au nouvel emplacement, des espaces naturels détruits "pour rien", et l'ancien village qui subsiste jusqu'à l'événement de trop.

N.Lo--ThChM