AEX
18.0700
Une noria de camions pour acheminer des milliers de tonnes d'argile. Dans le Lot-et-Garonne, plus d'un kilomètre de digues rompues par les crues de février sont en reconstruction, pour un coût de plusieurs millions d'euros qui pèse sur les finances locales.
À Sénestis, un village proche de Marmande sur la rive droite de la Garonne, une brèche de 140 mètres s'est formée dans l'ouvrage censé contenir les eaux, sous l'effet combiné de la pression du fleuve et de la remontée de la nappe phréatique.
Le chantier de réfection est engagé depuis avril. "On remet la digue à l'identique mais avec de nouveaux matériaux", explique Xavier Durramps, agent chargé des travaux. "Elle avait été construite sous Napoléon III. Aujourd'hui, on vise une structure beaucoup plus résistante."
Pour combler le trou, 25 camions acheminent chaque jour environ 2.000 tonnes d'une argile spéciale. "Elle sèche moins à cœur et ça fait moins éponge, c'est plus solide", détaille-t-il.
Du 11 au 23 février, la Garonne a connu sa plus grosse crue depuis deux décennies, avec un pic mesuré à 10,35 mètres à Marmande. L'épisode a été aggravé par la tempête Nils le 12 février et la zone a connu plus de quinze jours d'immersion au final, du jamais vu depuis 1952.
Vingt communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle, 500 habitants ont été évacués et une exploitation agricole sur cinq a subi des dommages.
Et "neuf digues ont lâché sur une longueur totale de 1,4 kilomètre", complète Denis Duteil, maire de Taillebourg et élu à la communauté de communes du Val de Garonne, chargé de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (Gemapi).
Rien qu'à Villeton, l'une d'elles a cédé sur 250 mètres de long.
- "Pas les moyens" -
La collectivité, qui compte 49 km de berges de Garonne et 90 km de digues publiques, s'est rapidement mise à l'œuvre pour protéger les terres de nouvelles crues.
Les préconisations techniques des services de l'État visent à édifier des digues "d'une solidité comme on n'avait jamais eu auparavant", assure M. Duteil – leurs voisines plus anciennes pouvant, elles, toujours céder sous les eaux.
Les travaux doivent se poursuivre jusqu'à l'automne. Mais leur coût, évalué à huit millions d'euros, pèse lourdement sur les finances de l'intercommunalité, d'autant que les inondations de 2021 avaient déjà occasionné quelque six millions d'euros de réparations.
"Nous n'avons pas les moyens", admet l'élu communautaire. La collectivité a sollicité le soutien de l'État, de la Région et de l'Agence de l'eau mais "les aides ne sont pas encore confirmées dans leur totalité". Le reste devra être assuré par emprunt, la taxe Gemapi levée localement ne rapportant qu'un million d'euros par an à l'agglomération.
En février, la ministre de l'Aménagement du territoire, Françoise Gatel, avait estimé qu'une "évaluation" de cette taxe levée pour l'entretien des digues, depuis son transfert aux intercommunalités en 2024, était nécessaire.
Sur le Val de Garonne, la plaine est inondable sur trois à six kilomètres de large avec cinq villages, 13.000 hectares de zone agricole et 82 "sites à enjeux" (camping, patrimoine, station d'épuration, déchèterie, entreprises…) directement menacés: l'enjeu des digues est de taille.
Sonia Quendolo, maraîchère à Sénestis, a perdu plus de 6.000 m² de serres de fraises hors-sol en février et une partie de sa production de kiwis a été noyée sous deux à trois mètres d'eau.
"On a été évacués et quand on est revenus, c'était le choc", raconte celle qui pense reconstruire ses serres différemment. Tout en espérant que la prochaine digue "tiendra longtemps".
D.Wang--ThChM