The China Mail - Russie: la descente aux enfers du professeur de dessin Daniil Kliouka

USD -
AED 3.672502
AFN 64.000558
ALL 80.906293
AMD 358.057859
ANG 1.789785
AOA 918.000371
ARS 1550.745304
AUD 1.426361
AWG 1.8025
AZN 1.668877
BAM 1.740036
BBD 2.003559
BDT 123.852313
BGN 1.747831
BHD 0.375489
BIF 2986.971974
BMD 1
BND 1.274158
BOB 12.010284
BRL 5.4658
BSD 0.994627
BTN 94.291535
BWP 13.758962
BYN 2.955771
BYR 19600
BZD 2.000463
CAD 1.39526
CDF 2312.501301
CHF 0.81644
CLF 0.0248
CLP 976.049842
CNY 6.6809
CNH 6.67095
COP 3246.5
CRC 451.369275
CUC 1
CUP 23.871582
CVE 98.090062
CZK 21.606204
DJF 177.122067
DKK 6.639825
DOP 59.93942
DZD 135.847196
EGP 54.650801
ERN 15
ETB 163.249788
EUR 0.88844
FJD 2.24275
FKP 0.745268
GBP 0.741505
GEL 2.603955
GGP 0.745268
GHS 11.593068
GIP 0.745268
GMD 73.999821
GNF 8810.408095
GTQ 7.60417
GYD 208.500872
HKD 7.845645
HNL 26.733444
HRK 6.76901
HTG 130.391459
HUF 322.841019
IDR 18134.1
ILS 3.16285
IMP 0.745268
INR 94.59815
IQD 1507.908268
IRR 1883408.501455
ISK 121.550039
JEP 0.745268
JMD 157.767152
JOD 0.709012
JPY 158.342497
KES 129.929812
KGS 87.449949
KHR 4062.751587
KMF 441.000411
KPW 899.999961
KRW 1338.860263
KWD 0.31069
KYD 0.8289
KZT 450.213523
LAK 22401.124415
LBP 89543.21849
LKR 330.928532
LRD 169.096028
LSL 16.579341
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.382657
MAD 9.775113
MDL 17.99331
MGA 4515.451812
MKD 54.686008
MMK 2099.52083
MNT 3598.087189
MOP 8.038145
MRU 40.373975
MUR 47.090284
MVR 15.455027
MWK 1724.696212
MXN 18.649725
MYR 4.064802
MZN 63.909852
NAD 16.579341
NGN 1345.040372
NIO 36.606575
NOK 9.226345
NPR 150.864442
NZD 1.77678
OMR 0.384499
PAB 0.994823
PEN 3.447319
PGK 4.462633
PHP 63.691982
PKR 275.144822
PLN 3.908595
PYG 5942.170819
QAR 3.625947
RON 4.749102
RSD 104.497018
RUB 81.84855
RWF 1471.080115
SAR 3.762939
SBD 8.051718
SCR 13.77558
SDG 601.497618
SEK 9.746098
SGD 1.27812
SHP 0.745545
SLE 22.910165
SLL 20969.504398
SOS 568.442122
SRD 37.542033
STD 20697.981008
STN 21.797153
SVC 8.703542
SYP 13001.999685
SZL 16.563773
THB 33.649498
TJS 9.14122
TMT 3.51
TND 2.972103
TOP 2.40776
TRY 50.022335
TTD 6.742932
TWD 32.8525
TZS 2650.002985
UAH 45.412048
UGX 4202.39832
UYU 39.987723
UZS 11861.722948
VES 890.0366
VND 25704.5
VUV 119.472328
WST 2.779309
XAF 582.778308
XAG 0.019297
XAU 0.000247794321
XCD 2.702549
XCG 1.79257
XDR 0.707052
XOF 582.778308
XPF 106.091876
YER 236.174966
ZAR 16.469789
ZMK 9001.198682
ZMW 20.156742
ZWL 321.999592
SSP 5745.96484
MXV 2.099241
  • AEX

    3.2400

    1119.29

    +0.29%

  • BEL20

    9.1000

    5694.52

    +0.16%

  • PX1

    -0.8100

    8077.75

    -0.01%

  • ISEQ

    -37.6000

    14425.66

    -0.26%

  • OSEBX

    -4.6100

    2089.87

    -0.22%

  • PSI20

    7.7600

    9712.35

    +0.08%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    12.0700

    4481.36

    +0.27%

  • N150

    -2.5400

    4237.95

    -0.06%

Russie: la descente aux enfers du professeur de dessin Daniil Kliouka
Russie: la descente aux enfers du professeur de dessin Daniil Kliouka / Photo: © AFP

Russie: la descente aux enfers du professeur de dessin Daniil Kliouka

Il griffonnait des dessins se moquant du Kremlin. Daniil Kliouka a depuis été précipité pour de longues années dans les profondeurs du système pénitentiaire russe. Là où la violence impose son silence et où les traces des détenus parfois disparaissent.

Taille du texte:

Son histoire n'est qu'un exemple parmi tant d'autres en Russie, en pleine répression de toute résistance, réelle ou imaginaire, à l'invasion de l'Ukraine.

Jusqu'à l'hiver 2023, ce professeur d'arts plastiques russe de 28 ans menait une existence paisible à Dankov, ville située à 300 kilomètres au sud de Moscou, non loin de la gare où mourut l'écrivain Léon Tolstoï.

Sur le site internet de son ancienne école, un établissement ordinaire, on peut voir des photos de sa salle de classe avec des reproductions de tableaux aux murs, dont un autoportrait de Van Gogh.

Sa vie s'écroule en février 2023 quand il est arrêté à Dankov par des agents encagoulés du FSB, les redoutables services de sécurité russes.

Ils lui reprochent d'avoir envoyé 135.000 roubles (environ 1.280 euros au taux actuel) en cryptomonnaie à la brigade ultranationaliste ukrainienne Azov, classée "terroriste" en Russie. Des accusations qu'il nie.

Daniil Kliouka dit que tout a commencé lorsque sa directrice l'a signalé au FSB pour avoir esquissé des petits dessins anti-pouvoir sur un journal.

L'AFP a pu reconstituer sa descente aux enfers après avoir eu connaissance du contenu de lettres qu'il a échangées avec une militante antiguerre russe vivant en exil en Italie.

Antonina Polichtchouk, 43 ans, a progressivement sorti cette affaire de l'ombre à partir d'août 2023, grâce à un projet encourageant les relations épistolaires avec des prisonniers politiques qui, même poursuivis pour les crimes les plus graves, ont un droit de correspondance.

A l'origine, elle choisit d'échanger avec Daniil Kliouka car il veut s'entretenir d'architecture et de dessins animés japonais. "Je m'intéresse à l'architecture et ma fille s'intéresse aux dessins animés japonais, je me suis dit qu'on pourrait lui écrire ensemble", explique Mme Polichtchouk.

Au gré des courriers, échangés via la plateforme officielle en ligne de l'administration pénitentiaire, elle découvre que le jeune homme est poursuivi pour "haute trahison" et "financement d'une organisation terroriste".

Des crimes, très sévèrement punis, dont l'Etat russe accuse régulièrement ses ennemis supposés pour les écraser.

- Dessins de "moustaches" -

Daniil Kliouka affirme avoir été victime d'une dénonciation. Un procédé en vogue en Russie et encouragé par les autorités, à l'instar du président Vladimir Poutine qui, dès mars 2022, appelait à chasser les "traîtres" et à "l'auto-purification" de la société.

Des groupes de militants, comme l'organisation "Vétérans de Russie" dirigée par Ildar Reziapov, en ont fait une spécialité et dénoncent des centaines de personnes publiquement et auprès du parquet.

De simples citoyens ou des petits fonctionnaires dénoncent un voisin ou un collègue par conviction, ambition, cupidité, jalousie ou simple antipathie.

Daniil Kliouka a raconté qu'à ses heures perdues, sur son lieu de travail, il dessinait "des cornes, barbes et moustaches" sur les photos d'une gazette locale pro-Kremlin.

"Quand il y avait des représentants du pouvoir sur une page, j'écrivais parfois +démon+ sur leur front", a-t-il précisé dans une lettre publiée par le groupe Telegram Politzek-Info, couvrant les répressions politiques.

Mais, un jour, il a oublié le journal à l'école et ses collègues sont tombés dessus.

D'après lui, pour ces griffonnages, sa directrice l'a licencié et a contacté le FSB. Il dit avoir été ensuite arrêté, torturé "dans une cave" et que son domicile a été perquisitionné.

C'est dans son téléphone confisqué chez lui que les agents auraient trouvé les preuves, selon eux, des virements suspects.

Daniil Kliouka soutient avoir fait de faux aveux et reconnu sous les coups avoir envoyé des fonds à la brigade Azov. Avant de déclarer dans ses lettres, une fois en détention, qu'il avait en fait transmis de l'argent à un cousin ukrainien.

Le cousin, Mykyta Laptiev, a confirmé avoir reçu cet argent et assure qu’il a été utilisé pour soigner son père, l’oncle de Daniil Kliouka.

Contactée sur les réseaux sociaux, la responsable scolaire que l'enseignant accuse, Irina Kouzitcheva, n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Impossible également de confronter les dires du prisonnier à ceux de l'accusation car le FSB a classé la procédure secrète, comme presque toujours dans ce genre d'affaires. Sa défense a interdiction de discuter du dossier, sous peine de prison.

- "Faire peur" -

Après six mois de correspondance, la militante Antonina Polichtchouk se rend compte que Daniil Kliouka ne dispose que d'un avocat commis d'office qui "de facto travaille pour le gouvernement".

"Sa famille aurait pu payer un avocat et s'en occuper, mais leur situation est compliquée, ils ont été intimidés. Le FSB fait peur à tout le monde", déplore-t-elle.

A sa demande, l'organisation de défense des droits humains Memorial, colauréate du prix Nobel de la Paix 2022, interdite en Russie mais active en exil, paye un nouveau conseil. Antonina Polichtchouk crée un groupe de soutien au prisonnier sur Telegram, suivi par 200 personnes.

Longtemps, elle n'est pas parvenue à trouver une photo de Daniil Kliouka. Elle en a finalement dégotté une, prise à la volée pendant un cours.

Sur ce cliché, vêtu d'un pull rayé, le corps fin, ses épais cheveux noirs ramenés sur le front, il tient un mannequin en bois utilisé pour apprendre à dessiner. On dirait qu'il sourit.

Pour Sergueï Davidis, chef du programme d'aide aux prisonniers politiques de Memorial, son traitement n'a rien d'étonnant. Le secret de l'affaire permet de museler l'accusé et d'entretenir le flou sur l'ampleur des répressions.

Concernant la délation présumée de sa supérieure: "L'école est une sphère conservatrice où une attention particulière est accordée à la loyauté idéologique", observe M. Davidis.

"Sa dénonciation a été l'occasion de lancer ces poursuites judiciaires, mais des gens comme lui sont aussi poursuivis sans dénonciation partout en Russie", souligne-t-il.

- Prisonniers inconnus -

Faute d'accès au dossier, Memorial n'a pas encore pu ajouter Daniil Kliouka sur sa liste de prisonniers politiques, qui compte environ 778 noms, soit la partie émergée de l'iceberg.

Car, toujours selon Memorial, les affaires d'au moins 10.000 personnes détenues par la Russie présentent des signes de motivation politique.

Cela inclut, selon l'ONG Centre pour les libertés civiles, basée à Kiev, quelque 7.000 civils ukrainiens, comme la journaliste Victoria Rochtchina morte en prison le 19 septembre 2024.

L'organisation russe OVD-Info a, elle, identifié au moins 1.300 prisonniers pour raison politique, auxquels il faut ajouter des centaines voire des milliers d'affaires pour "haute trahison", "sabotage" ou refus de combattre en Ukraine.

Régulièrement, les ONG découvrent des détenus grâce aux signalements d'autres prisonniers. Daniil Kliouka a ainsi informé Antonina Polichtchouk de sa rencontre, lors d'un transfert, avec Alexeï Sivokhine, un ancien militaire ukrainien.

"Il était emprisonné depuis deux ans, seul dans une cellule, sans aucun contact. Sans Daniil, son cas serait resté inconnu", relève Mme Polichtchouk.

S'agissant des délateurs, elle veut en identifier un maximum, dans l'espoir qu'ils soient traduits en justice "quand ce régime s'effondrera". Une aspiration qui pourrait rester vaine: la délation, massive sous l'URSS, n'a jamais été découragée ni punie après l'effondrement de l'empire soviétique.

- "Fermer les yeux" -

Antonina Polichtchouk a glissé des questions de l'AFP dans une lettre envoyée à Daniil Kliouka.

Une semaine plus tard, elle obtient une réponse -- comme toujours une lettre manuscrite envoyée par scan datée et numérotée -- qui par chance n'a pas été censurée par l'administration de la prison de Matrosskaïa Tichina, à Moscou, où il est en détention préventive.

Dernièrement, des pans entiers de ses réponses ont été raturés au stylo noir. Mais pas cette fois.

De sa fine écriture difficile à déchiffrer et similaire à celle que l'on peut lire sur les lettres publiées par son groupe de soutien, Daniil Kliouka note que la personne qui l'a dénoncé a deux frères qui combattent en Ukraine: "On peut comprendre ce qu'elle a dans la tête."

Quant à l'état de la Russie: "Rien ne change dans le pays. C'est une nouvelle évolution de la même situation (...) Une boule qui dévale une montagne, une voiture qui n'a plus de freins."

Il parle aussi de son amour pour le dessin qui lui permet de "voir des choses qui n'ont jamais existé".

Le lendemain de la réception de ce courrier, le 3 octobre 2024, Daniil Kliouka est condamné en appel à 20 ans de réclusion à purger en "régime sévère", c'est-à-dire dans des conditions de détention particulièrement strictes.

Chaque année, il n'aura droit qu'à une seule visite et un seul colis.

Il attend désormais son transfert dans les canalisations de l'industrie pénitentiaire. Vers quel camp ? On ne le sait pas. Le transport des détenus s'effectue dans le secret. Le voyage, en train, peut durer des semaines.

A la fin de sa lettre, il estime que la partie de la société opposée au Kremlin à laquelle il appartient est "pourchassée et haïe" car la plupart de ses compatriotes ont "fermé les yeux et ne les rouvrent plus".

"Si le monde entend ce message, je lui demande de ne pas fermer les yeux."

Après cette phrase, Daniil Kliouka reprend sa conversation épistolaire avec son amie Antonina, comme si de rien n'était. Il lui demande pourquoi elle a choisi son métier. Puis il lui dit qu'il doit y aller et qu'il l'embrasse.

Q.Moore--ThChM