The China Mail - Course aux drones en Afrique : résultats incertains pour les armées, dévastateurs pour les civils

USD -
AED 3.672494
AFN 63.497786
ALL 81.288822
AMD 376.301041
ANG 1.789731
AOA 917.000096
ARS 1399.255898
AUD 1.410109
AWG 1.8
AZN 1.703924
BAM 1.648308
BBD 2.013148
BDT 122.236737
BGN 1.647646
BHD 0.377023
BIF 2948.551009
BMD 1
BND 1.263342
BOB 6.906578
BRL 5.229803
BSD 0.999486
BTN 90.53053
BWP 13.182358
BYN 2.864548
BYR 19600
BZD 2.010198
CAD 1.36087
CDF 2255.000346
CHF 0.769135
CLF 0.021846
CLP 862.610113
CNY 6.90865
CNH 6.884275
COP 3667.97
CRC 484.785146
CUC 1
CUP 26.5
CVE 92.92908
CZK 20.43995
DJF 177.984172
DKK 6.296505
DOP 62.26691
DZD 129.638402
EGP 46.698802
ERN 15
ETB 155.660701
EUR 0.84288
FJD 2.19355
FKP 0.732816
GBP 0.732205
GEL 2.675047
GGP 0.732816
GHS 10.999115
GIP 0.732816
GMD 73.496279
GNF 8772.528644
GTQ 7.665922
GYD 209.102018
HKD 7.815915
HNL 26.408654
HRK 6.346905
HTG 131.053315
HUF 318.271974
IDR 16817
ILS 3.078445
IMP 0.732816
INR 90.64165
IQD 1309.386352
IRR 42125.000158
ISK 122.180359
JEP 0.732816
JMD 156.425805
JOD 0.70897
JPY 153.345998
KES 129.000009
KGS 87.449861
KHR 4020.092032
KMF 414.999748
KPW 900.007411
KRW 1438.879948
KWD 0.30663
KYD 0.832947
KZT 494.618672
LAK 21449.461024
LBP 89505.356044
LKR 309.057656
LRD 186.346972
LSL 16.041753
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.301675
MAD 9.139185
MDL 16.971623
MGA 4372.487379
MKD 51.951281
MMK 2099.655078
MNT 3565.56941
MOP 8.049153
MRU 39.835483
MUR 45.929748
MVR 15.405004
MWK 1733.150163
MXN 17.151701
MYR 3.899501
MZN 63.909767
NAD 16.041753
NGN 1354.339787
NIO 36.779052
NOK 9.51285
NPR 144.854004
NZD 1.654415
OMR 0.384499
PAB 0.999536
PEN 3.353336
PGK 4.290645
PHP 57.969885
PKR 279.547412
PLN 3.54679
PYG 6555.415086
QAR 3.642577
RON 4.292993
RSD 98.949723
RUB 76.450689
RWF 1459.237596
SAR 3.750232
SBD 8.045182
SCR 14.198415
SDG 601.496076
SEK 8.92046
SGD 1.261405
SHP 0.750259
SLE 24.450067
SLL 20969.49935
SOS 570.751914
SRD 37.753961
STD 20697.981008
STN 20.648358
SVC 8.745818
SYP 11059.574895
SZL 16.038634
THB 31.080391
TJS 9.429944
TMT 3.5
TND 2.881716
TOP 2.40776
TRY 43.717098
TTD 6.784604
TWD 31.337501
TZS 2598.079632
UAH 43.104989
UGX 3537.988285
UYU 38.531878
UZS 12284.028656
VES 392.73007
VND 25970
VUV 119.078186
WST 2.712216
XAF 552.845741
XAG 0.012942
XAU 0.0002
XCD 2.70255
XCG 1.801333
XDR 0.687563
XOF 552.845741
XPF 100.512423
YER 238.350152
ZAR 15.905903
ZMK 9001.163464
ZMW 18.166035
ZWL 321.999592
  • AEX

    1.4900

    995.35

    +0.15%

  • BEL20

    -19.0900

    5594.88

    -0.34%

  • PX1

    20.7800

    8332.78

    +0.25%

  • ISEQ

    124.0500

    12913.04

    +0.97%

  • OSEBX

    0.3600

    1823.39

    +0.02%

  • PSI20

    26.1000

    9025.28

    +0.29%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    41.3200

    4132.67

    +1.01%

  • N150

    1.2100

    4034.82

    +0.03%

Course aux drones en Afrique : résultats incertains pour les armées, dévastateurs pour les civils
Course aux drones en Afrique : résultats incertains pour les armées, dévastateurs pour les civils / Photo: © AFP/Archives

Course aux drones en Afrique : résultats incertains pour les armées, dévastateurs pour les civils

Les célébrations de Pâques devaient être une rare parenthèse de répit à Gedeb, dans le nord de l'Ethiopie. Le 17 avril a viré au carnage dans cette petite ville de l'Amhara, rattrapée par la guerre qui oppose l'armée à la rébellion Fano. Et comme souvent, la mort est tombée du ciel.

Taille du texte:

A l'occasion de cette importante fête religieuse pour les orthodoxes et protestants éthiopiens, de nombreuses familles s'étaient rassemblées dans la matinée pour réparer l'école primaire locale.

Soudain, peu avant 11H00, "un drone a tiré sur la foule et pulvérisé beaucoup de gens sous mes yeux", raconte à l'AFP un habitant qui participait aux travaux.

Un vendeur de chaussures présent sur les lieux, dont le neveu a été tué sur le coup, met lui aussi en cause un drone armé, qui a continué de "planer dans les airs" une vingtaine de minutes après la frappe.

"Le spectacle était horrible: il y avait des têtes, des torses, des membres projetés un peu partout, et des personnes grièvement blessées qui hurlaient de douleur", se souvient-il.

Les autorités éthiopiennes n'ont pas communiqué sur cette attaque en Amhara, où la situation sécuritaire rend certaines zones très difficiles d'accès, et les communications sont soumises à d'importantes restrictions.

D'après l'un des deux habitants contactés par l'AFP, la frappe a fait "au moins" 50 morts, et selon le deuxième, plus de 100, un bilan corroboré par plusieurs médias locaux.

L'Éthiopie, et de nombreux pays africains avec elle, mise de plus en plus sur les drones comme un moyen peu coûteux de mener une guerre, souvent avec des résultats militaires mitigés mais des conséquences dévastatrices pour les populations civiles.

La frappe de Gedeb est l'une des plus meurtrières d'une série d'attaques de drones depuis le début du conflit, en août 2023, opposant l'armée éthiopienne et les Fano, milices populaires traditionnelles "d'autodéfense" de l'ethnie Amhara.

L'utilisation de drones par l'armée éthiopienne, qui a commencé durant la sanglante guerre du Tigré (2020-2022), s'est étendue aux régions de l'Amhara et de l'Oromia sur fond d'insurrections multiples.

Dans la seule région de l'Amhara, aujourd'hui la plus touchée, au moins 669 personnes ont été tuées depuis 2023 dans plus de 70 frappes de drones, selon des données collectées par l'ONG Acled et analysées par l’AFP. L'an passé, l'Ethiopie a mené au total 54 frappes, devancée par le Mali (62), le Burkina Faso (82) et surtout le Soudan (266), selon cette source.

- Cinq millions d'euros -

Technologies bon marché omniprésentes dans les conflits actuels, notamment en Ukraine, les engins pilotés à distance pour la reconnaissance et les frappes suscitent un engouement massif sur le continent.

Une trentaine de gouvernements africains ont acquis des drones, selon des données recoupées par l'AFP à partir du "Military Balance" de l'Institut international d'études stratégiques (IISS) et du Drone Proliferation Dataset du Center for a New American Security (CNAS).

Pendant des décennies, les guerres en Afrique ont été terrestres, menées surtout par des unités d'infanterie légère et mobile.

"Le drone offre aux armées d'Afrique subsaharienne un accès plus abordable et flexible à la puissance aérienne, jusqu'ici hors de portée en raison de son coût et de sa complexité opérationnelle", explique Djenabou Cisse, spécialiste des questions de sécurité en Afrique de l'Ouest à la Fondation pour la recherche stratégique.

Et des pays comme la Chine, la Turquie et l'Iran présentent l'avantage de vendre des drones "sans y attacher de conditionnalité politique liée au respect des droits humains", ajoute-t-elle.

Au sein des états-majors africains, le plus populaire est sans conteste le drone turc Bayraktar TB2, qui, avec son grand-frère l'Akinci, a détrôné le Wing Loon chinois ces dernières années.

Le TB2 a fait une apparition remarquée en 2019 en Libye, premier théâtre africain d'une guerre de drones, entre le Gouvernement d'union nationale soutenu par Ankara, et son rival de l'Est, le maréchal Haftar, équipé d'engins chinois fournis par les Émirats arabes unis.

L'année suivante, son déploiement dans le Karabakh pendant le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, puis en Ukraine à partir de 2022, font grimper sa cote. Les commandes explosent et les listes d'attente s'étirent.

Si les détails des contrats sont gardés secrets, des experts consultés par l'AFP chiffrent à 5 millions d'euros un "système" de trois drones, contre plusieurs dizaines de millions pour un avion de chasse ou un hélicoptère de combat.

De quoi compenser une performance plutôt moyenne, avec un rayon d'action limité à 150 km.

Ce drone produit par l'entreprise privée Baykar, dirigée par le gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan, "fait aujourd'hui partie intégrante de la politique étrangère de la Turquie, dont la stratégie consiste à exporter ses produits militaires dans le monde entier", constate Batu Coşkun, chercheur au Sediq Institute à Tripoli.

La percée des drones turcs en Afrique est d'autant plus facilitée que, contrairement aux Occidentaux, Ankara s'affranchit des lourdes procédures de contrôle des exportations de matériels militaires. "C'est essentiellement à la discrétion du président", relève-t-il.

- Plus grande autonomie -

Au Sahel, après avoir chassé la France, les pouvoirs militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont fait des drones turcs un vecteur privilégié pour frapper leurs ennemis de l'intérieur, combattants jihadistes ou indépendantistes.

Comme en décembre 2024, lorsque l'armée malienne a éliminé un responsable et plusieurs membres du Front de libération de l'Azawad (FLA), une coalition indépendantiste, dans une attaque de drones sur Tinzaouatène (nord).

En novembre 2023, ils ont joué un rôle déterminant dans la prise de Kidal aux rebelles majoritairement touaregs du Cadre stratégique permanent (CSP), offrant une victoire symbolique au général Assimi Goïta.

Sous couvert d'anonymat, un officier supérieur malien loue la "discrétion" de la coopération militaire turque. "Quand vous payez des équipements militaires en Occident, il faut que ça passe par des accords politiques, des négociations. Avec la Turquie, nous avons une célérité que nous n'avons pas ailleurs, même pas en Russie ou en Chine", qui fournissent aussi des équipements militaires, confie-t-il.

Selon un jeune pilote malien de drone de surveillance qui souhaite également garder l'anonymat, les appareils turcs "ont une facilité de pilotage qui fait que nous n'avons pas besoin d'un long temps de formation".

Au Tchad, quatre drones turcs viennent combler le départ des avions de chasse français dans les bases avancées qu'ils occupaient jusqu'à la rupture des accords de coopération militaire par N'Djamena fin 2024.

Ces derniers avaient fourni à plusieurs reprises un appui aérien pour aider le pouvoir tchadien à stopper l'avancée de rebelles menaçant la capitale. N'Djamena n'est équipé que de cinq avions Sukhoï russes et d'autant d'hélicoptères MI-24 vieillissants.

Contrairement aux relations franco-tchadiennes, "il n'y a pas d'accord de coopération militaire (entre N'Djamena et Ankara, ndlr) mais un accord commercial qui nous permet d'acquérir des matériels militaires", assure un officier tchadien à l'AFP.

Des Turcs sont présents pour fournir une assistance technique, et les ex-bases françaises sont "entièrement entre les mains des militaires tchadiens", revendique la même source.

Cette coopération souple sur les drones illustre bien la volonté de certains dirigeants africains d'"affirmer leur souveraineté et une plus grande autonomie stratégique", note la chercheuse Djenabou Cisse.

- "Peur extrême" -

Sur le terrain, les gains tactiques et stratégiques du recours aux drones ne sont pourtant pas toujours au rendez-vous, soulignent plusieurs experts.

Pour Djenabou Cisse, "les drones ne permettent pas à eux seuls de vaincre un adversaire. On l'a vu en Libye, où les deux camps disposaient de drones sophistiqués, et plus récemment au Soudan, où chacun utilise des drones, mais avec des capacités très inégales. Non seulement ces pays ne se sont pas pleinement stabilisés, mais les conflits se sont souvent enlisés voire intensifiés".

Les drones s'avèrent surtout décisifs en terrain découvert, lorsque l'ennemi n'est pas capable de se disperser et de se dissimuler comme c'est le cas des jihadistes au Sahel, qui ne cessent de gagner du terrain, conclut une étude fouillée de l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP).

En Ethiopie, ils ont permis d'inverser le cours du conflit au Tigré à un moment-clé, donnant un avantage décisif aux forces fédérales sans pour autant permettre une victoire définitive.

A l'été 2021, une large colonne de forces rebelles du Tigré parvenue à moins de 200 km d'Addis Abeba, menaçant de s'emparer de la capitale, est stoppée in extremis par l'arsenal de drones déployés par le gouvernement.

L'analyse d'images satellites par l'ONG PAX sur plusieurs bases aériennes éthiopiennes atteste de la présence de plusieurs TB2 et plus récemment de l'Akinci, mais aussi de Wing Loon chinois et de Mohajer-6 iraniens.

Ces drones ont "considérablement accru les possibilités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance de l'armée éthiopienne, car ils peuvent rôder pendant près de 24 heures, suivre les mouvements de l'ennemi, identifier ses positions, fournir des informations de ciblage ou frapper directement des cibles", affirme à l'AFP Wim Zwijnenburg, spécialiste des drones pour l'ONG PAX.

Si les combats se sont ensuite concentrés principalement au Tigré, ils se sont tout de même poursuivis jusqu'en 2022, et de très fortes tensions subsistent dans cette région septentrionale malgré la conclusion d'un fragile accord de paix, tandis que d'autres foyers d'insurrections violentes ont essaimé en Amhara et en Oromia.

Le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2019 pour ses efforts de paix avec son voisin érythréen, est aujourd'hui régulièrement accusé d'exactions indiscriminées envers les populations.

"Les drones ont continué à cibler des civils malgré la présence de systèmes de capteurs sophistiqués, de caméras haute définition et de vision nocturne" censés permettre de mieux distinguer les menaces, accuse Wim Zwijnenburg, qui déplore "un manque de formation des opérateurs, ou, dans le pire des cas, une décision délibérée".

A Gedeb, la petite ville d'Amhara visée durant la Pâque, les habitants contactés par l'AFP ont assuré qu'il n'y avait pas eu de combats, ni même de miliciens Fano présents dans la zone les jours précédant l'attaque.

Mais tous redoutent d'être à nouveau pris pour cible.

"Nous sommes prêts à fuir vers la brousse à tout moment en cas de frappe de drone soudaine", dit l'un d'eux. "Nous vivons dans une peur extrême".

burs-cl-mra/dab/sva/thm

B.Carter--ThChM