The China Mail - A Nanterre, l'infernale promiscuité et l'insalubrité d'une prison française

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A Nanterre, l'infernale promiscuité et l'insalubrité d'une prison française
A Nanterre, l'infernale promiscuité et l'insalubrité d'une prison française / Photo: © AFP

A Nanterre, l'infernale promiscuité et l'insalubrité d'une prison française

Ils sont cinq, confinés 22 heures par jour dans le huis clos d'une cellule de 11 m2: le centre pénitentiaire de Nanterre craque, malade d'un fléau français, une surpopulation carcérale hors de contrôle dont pâtissent détenus comme surveillants.

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Dans cet espace conçu pour deux, mal ventilé et assombri par un caillebotis devant la fenêtre, entre deux lits superposés, une table minuscule accueille cinq assiettes. Ce soir, un maigre matelas la remplacera.

Dans une autre cellule, appuyé sur ses béquilles pour soulager sa sciatique, un sexagénaire explique avoir hérité de la couche au sol, où ce soir il s'allongera, tête contre le frigo.

La nuit tombée, ses compagnons descendront de leur lit dépourvu d'échelle, puis l'enjamberont, avant d'atteindre des toilettes guère dissimulées par un drap tendu.

Ici, elles fuient un peu. Dans une autre, le robinet de l'évier goutte en continu sous une tablette peinant à accueillir les cinq verres à dents.

Contre le froid et l'humidité qui se lit sur les moisissures des fenêtres, les plaques de cuisson resteront allumées, une poêle vide chauffée à blanc faisant office de radiateur, explique un détenu.

Envahies de corps, de linge étendu, de provisions cantinées et de modestes effets, des cellules comme celles-ci, l'AFP en a vu plusieurs en accompagnant mi-janvier la députée des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, venue exercer son droit de visite parlementaire dans cette prison ouverte en 1991, enchâssée entre la Seine et l'autoroute, à deux encablures de l'université. D'autres, plus petites, accueillent trois détenus dans des conditions aussi indignes.

Télévision allumée en permanence, dans une atmosphère parfois enfumée par les cigarettes, on tue le temps en rabâchant les mêmes débats, en se racontant la vie dehors, en lisant, en somnolant pour rattraper des nuits hachées, ou en jouant aux cartes au risque d'exacerber les inévitables tensions, racontent les détenus.

- Deux heures de promenade -

Et puis il y a les cafards, selon des occupants qui montrent le carton colmatant les fissures, tentative dérisoire d'affronter l'invasion.

La bétonisation des pieds de bâtiments, juste achevée, a permis d'éloigner les rats, assure à la parlementaire le directeur Thomas Benesty.

Le progrès est récent: un certificat médical établi en novembre, dont l'AFP a eu connaissance, évoque sur le pied d'un détenu qui dormait par terre, des "lésions compatibles avec une morsure de rongeur", peut-être arrivé par les toilettes.

De ces cagibis, on s'échappe durant les deux heures de promenade quotidienne, ou au gré des micro-événements qui scandent des jours sans fin: trois parloirs hebdomadaires dans des cabines vitrées offertes aux regards, douches (là encore trois par semaine), rendez-vous médicaux, activités... Cela représente "quatre, cinq, six heures par semaine", estime un détenu.

Après une visite fin 2023, le Contrôleur général des prisons (CGLPL) avait estimé que l'établissement n'était pas en mesure "d'assurer des conditions d'hébergement dignes". Mais, relevait-il, il est "parvenu à éviter les matelas au sol depuis 2020".

Signe d'une dégradation générale, ce rare satisfecit appartient au passé: 202 matelas sont comptabilisés au moment de la visite, indique à l'élue Thomas Benesty, avec, pour 592 places, 1.226 prisonniers, dont 60% en attente de procès, les autres étant condamnés à des peines courtes ou plus longues en attente d'affectation.

Solidement installée au-dessus des 200%, la densité "est montée jusqu'à 213%" fin 2025, glisse le directeur.

- "Carencés" -

Malgré une abnégation saluée par le CGLPL, comment demander aux agents d'assurer convenablement l'ordre, de repérer les fragilités psychologiques, les tensions émergentes, de répondre aux doléances, comme cet appareil d'assistance respiratoire nocturne défaillant, cette rage de dents ou cette demande d'activité pendante?

"On ne sait plus s'il faut écrire, si on va nous répondre", soupire un détenu. "On sait pourquoi on est là et on le comprend. Mais là, on a l'impression d'une peine sur une peine sur une peine..."

Un tableau d'honneur a été installé à l'entrée de la zone de détention pour récompenser l'engagement des surveillants. Certains, raconte le directeur, renoncent à des jours de repos pour assurer le maintien d'activités de réinsertion ou des extractions médicales. Mais l'absentéisme atteint 25%, signe d'épuisement des corps et des esprits.

Dans ces conditions "contraires à nos principes fondamentaux", demande Elsa Faucillon, comment prévenir la récidive, une des missions de la prison avec la punition et la protection de la société ?

Cette dernière a récemment "été privilégiée", "choix politique qu'un représentant de l'administration pénitentiaire n'a pas à commenter", répond M. Benesty. "Ce qui est certain, c’est qu'actuellement à Nanterre, pour pouvoir répondre aux trois missions en même temps, nous sommes carencés."

Les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (Cpip) gèrent 90 dossiers chacun, quand le chiffre référence c'est 60, détaille leur responsable Virginie Nouaille. "Il y a forcément une connaissance moindre" des détenus "qui fragilise notre mission d'évaluation et de prise en charge." Pour mener cette mission, manquent actuellement six postes de conseillers pénitentiaires. Ainsi que deux assistantes sociales. "Sur deux", ironise-t-elle.

C.Smith--ThChM