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Le Bénin dépouillait dimanche soir les bulletins de vote de la présidentielle après une élection sans réel engouement, surtout dans les grandes villes, et qui devrait sans surprise couronner le ministre des Finances Romuald Wadagni comme successeur de Patrice Talon.
Les résultats provisoires sont attendus en début de semaine.
Conformément à la constitution, M. Talon passe la main après deux quinquennats en laissant un Bénin en pleine croissance économique, mais confronté à une augmentation des violences jihadistes dans sa partie nord et à un recul des libertés publiques.
Face à Romuald Wadagni, le dauphin qu'il a adoubé et que les deux partis de la majorité soutiennent, un seul opposant s'est présenté à ce scrutin pour lequel huit millions d'électeurs étaient appelés à voter.
Paul Hounkpè, opposant de faible envergure, très peu visible pendant la campagne et qui a eu besoin de l'aide d'élus de la majorité pour obtenir les parrainages requis pour se présenter, n'a, selon les observateurs de la politique béninoise, aucune chance de l'emporter.
Le président de la commission électorale Sacca Lafia s'est félicité au cours de la journée d'un vote "dans le calme".
Si Romuald Wadagni a voté en début de matinée dans sa ville natale à Lokossa (sud-ouest), en toute discrétion, le président sortant a échangé avec les médias dans le quartier Zongo de Cotonou (sud), la capitale économique. Après avoir souhaité "le meilleur pour le Bénin", il a assuré qu'il ne cherchera pas "à influencer" son successeur et qu'il souhaitait, à 67 ans, partir à la "retraite".
- Engouement timide -
A Cotonou, l'affluence a été timide dimanche dans les bureaux visités par l'AFP.
Même constat à Porto-Novo, la capitale, où la participation oscillait entre 20 et 40% dans certains bureaux.
"Ce n’est pas comme les autres élections, les gens ne sont pas sortis...", a glissé un délégué d’un parti soutenant M. Wadagni venu superviser le scrutin, manifestement déçu.
Selon des sources locales, la participation était toutefois plus élevée dans des zones rurales à l'intérieur du pays.
C'est l'enjeu principal du scrutin pour la légitimité du futur président, après une campagne jouée d'avance pour de nombreux observateurs et qui n'aura pas suscité de grande ferveur.
Une partie des électeurs n'a pas de candidat puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaires. Plusieurs de ses cadres ont rejoint la campagne de M. Wadagni ces dernières semaines.
"Je ne vais pas voter car je ne me reconnais dans aucun candidat, je ne vais pas perdre mon temps", a expliqué Françoise Setondji, tenancière d’un petit restaurant informel à Godomey, dans la banlieue de Cotonou.
"Les mécontents n'ont pas disparu. La tension et la frustration restent fortes", prévient l'expert en processus électoral Rufin Godjo.
Les Béninois n'auront pas l'occasion de s'exprimer de nouveau dans les urnes avant 2033.
- Urnes déjà remplies -
Selon la plateforme de surveillance électorale mise en place par des organisations de la société civile béninoise, une centaine "d'alertes" ont été remontées dans la matinée, notamment à propos de bureaux de vote qui avaient ouvert en avance ou d'urnes déjà remplies avant l'ouverture.
Le prochain président du Bénin héritera d'un pays transformé : en 10 ans, le PIB a doublé, la croissance dépasse 6% chaque année, l'économie s'est modernisée, le tourisme s'est développé et de nombreuses infrastructures ont vu le jour.
Architecte de ce développement pendant une décennie au ministère des Finances, Romuald Wadagni incarne la continuité mais dit vouloir lutter contre la pauvreté, estimée à 30%, alors que de nombreux Béninois se plaignent de ne pas bénéficier des fruits de la croissance.
"On veut du travail pour la jeunesse et la paix", lance Megni Hounkpè, un tailleur trentenaire, tandis qu’Eugénie Gbagbou, vendeuse, estime que le président devra "régler le chômage des jeunes".
L'avancement économique du Bénin passera aussi par la stabilisation sécuritaire, à l'heure où le nord du pays est miné par des violences jihadistes de plus en plus meurtrières.
Si M. Wadagni est élu dimanche, il devrait pouvoir compter sur la loyauté de son armée, qui avait été décisive le 7 décembre pour repousser une tentative de coup d'État contre Patrice Talon.
La question des libertés publiques sera également à l’agenda du prochain président, après 10 années de verrouillage du pays durant lesquelles des opposants ont été condamnés à de lourdes peines pour divers crimes.
L.Kwan--ThChM