The China Mail - Fièvre catarrhale: les éleveurs de moutons allemands se sentent abandonnés

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Fièvre catarrhale: les éleveurs de moutons allemands se sentent abandonnés
Fièvre catarrhale: les éleveurs de moutons allemands se sentent abandonnés / Photo: © AFP

Fièvre catarrhale: les éleveurs de moutons allemands se sentent abandonnés

Depuis le retour de la fièvre catarrhale dans son troupeau il y a près d'un an, Ortrun Humpert passe ses journées au chevet de ses moutons tombés malades bien avant l'arrivée d'un vaccin en Allemagne.

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"C'était une catastrophe annoncée", soupire l'éleveuse, qui dénonce le retard du vaccin, arrivé en juin, ainsi que l'indifférence des autorités allemandes.

Les premiers cas du variant BTV3 ont été déclarés en septembre 2023 aux Pays-Bas puis un mois plus tard en Allemagne, avant d'atteindre la France en août 2024.

"Les nerfs des bergers sont à vifs", explique Mme Humpert, qui a regroupé dans sa grange les bêtes malades, dont certaines s'écroulent sur la paille, peinant à se nourrir.

D'autres se sont déjà remises sur pattes et paissent dans le pré, "mais pour combien de temps ?", se demande-t-elle, alors que l'autorisation du vaccin expire en décembre.

La bergère a perdu 140 de ses 500 bêtes, qu'elle élève depuis 1986 dans la campagne du nord de l'Allemagne, à Marienmüster, avec le but, notamment, de préserver des espèces locales en voie d'extinction.

Fièvre, boiteries, peau rongée par les moucherons, les symptômes de la maladie "de la langue bleue", transmise par des moucherons, sont divers.

Si cette fièvre ne présente aucun risque pour l'homme, elle entraîne un affaiblissement des ruminants et des bovins, des fausses-couches et dans de nombreux cas, la mort.

L'épizootie est renforcée par le réchauffement climatique, qui influe sur la population de moucherons, d'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

- Qui règle la facture ? -

D'après les chiffres officiels, l'Allemagne comptait près de 10.000 foyers contaminés en septembre, soit la moitié des fermes de moutons du pays, en faisant l'épizootie "la plus agressive" que les éleveurs de moutons aient connue au cours des dernières décennies, selon la fédération allemande des bergers (VDL).

C'est cinq fois plus qu'en France où une campagne de vaccination gratuite a été lancée dès l'apparition des premiers foyers de contamination et où la bataille contre la maladie fait régulièrement les gros titres des médias.

Italie, Belgique, Portugal, Espagne sont également touchés par l'épizootie en cours.

En Allemagne, où les Länder sont responsables de la lutte contre l'épidémie, les frais de vaccination sont à la charge des éleveurs, au moins en partie, en fonction des régions.

Mais l'Etat et les Länder "se renvoient la balle, et en fin de compte, c'est aux éleveurs de régler la facture", déplore l'éleveuse, également présidente de l'association des bergers de son Land de Rhénanie du Nord-Westphalie.

Elle n'a reçu qu'un euro par bête de la part de sa région, loin du coût que représente la vaccination, entre cinq et 25 euros par mouton d'après elle, en comptant l'intervention du vétérinaire.

Pour les bergers, dont la rémunération moyenne est d'environ 6,50 euros de l'heure d'après la VDL, soit la moitié du salaire minimum allemand, ce coût est trop élevé, estime Mme Ortrun.

Il faut y ajouter les coûts de l'équarrissage, des soins à prodiguer aux animaux malades et les pertes de revenus.

- Pas de vaccin "européen" -

"Nous devons avoir la certitude qu'un vaccin sera rapidement disponible au printemps prochain", appelle la bergère, "et que les éleveurs ne le paieront pas de leur poche".

Face à l'absence d'un vaccin approuvé à l'échelle de l'UE, l'Allemagne s'apprête à étendre l'autorisation du vaccin actuel, a assuré à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Agriculture allemand.

Toutefois, aucun fonds spécial d'indemnisation n'est prévu pour couvrir une partie des coûts ou racheter des bêtes, comme le demande la VDL.

Cette mesure est également encouragée par l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), mais la décision revient à chaque pays.

En France, le gouvernement a annoncé début octobre une enveloppe de 75 millions d'euros pour combler le vide laissé par les systèmes d'indemnisation existants.

"On a l'impression que contrairement au reste de l'Europe, le sujet n'est pas pris au sérieux par les autorités allemandes", dénonce Mme Humpert, qui réclame la "même méthode" de lutte pour tous les pays affectés.

U.Feng--ThChM