The China Mail - Procès Péchier: des soupçons dès 2009

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Procès Péchier: des soupçons dès 2009
Procès Péchier: des soupçons dès 2009 / Photo: © AFP/Archives

Procès Péchier: des soupçons dès 2009

L'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, jugé à Besançon pour 30 empoisonnements de patients, dont 12 mortels, commis avant 2017, aurait-il pu être mis en cause dès 2009? La question a été examinée jeudi par la cour d'assises, où d'anciens collègues ont raconté leur désarroi face à une série noire de trois arrêts cardiaques inexpliqués.

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"Dès 2009, les enquêteurs avaient tout" pour comprendre qu'un empoisonneur sévissait à Besançon, a observé Frédéric Berna, avocat d'une patiente victime en 2017 de faits similaires. Cette femme, qui a survécu, est "presque en pleurs" lorsqu'elle envisage cette perspective, a-t-il souligné.

En 2009, trois empoisonnements présumés ont eu lieu les 7 avril, 27 avril et 22 juin à la Polyclinique de Franche-Comté (PFC), un établissement où le Dr Péchier a exercé de janvier à juin de la même année. Il est ensuite retourné travailler à la clinique Saint-Vincent, où les 27 autres victimes ont été recensées.

Ces trois accidents graves étaient extrêmement surprenants, ont raconté à la barre des médecins qui y ont été confrontés. "Depuis 1985, date de mon installation, c'était le premier arrêt cardiaque que je voyais" en début d'anesthésie, a témoigné l'anesthésiste Jacques Pignard, qui a dû gérer le premier cas.

Après le deuxième, "on se disait, il y a un truc qui ne va pas", s'est rappelé Lydie Steinmetz, la chirurgienne qui devait opérer le patient.

Après le troisième cas, le Dr Pignard, suspectant une malveillance, fait saisir et analyser la poche de perfusion de la patiente. Celle-ci contient "une quantité tout à fait anormale de potassium" et de "l'adrénaline à des doses faramineuses".

Une enquête est ouverte par le parquet de Besançon. Le nom de Frédéric Péchier y apparaît, mais comme il n'était pas physiquement présent à la Polyclinique lors de deux des trois accidents cardiaques, il n'est pas mis en cause. L'enquête sera classée sans suite en 2012, pour cause "d'auteur inconnu".

À l'époque, personne ne pense possible d'introduire des produits dans une poche en amont d'une intervention. Mais après de nouveaux arrêts cardiaques suspects, en 2017 à la clinique Saint-Vincent, les policiers rouvrent l'enquête et estiment que le Dr Péchier a pu sévir dès 2009 à la PFC, en empoisonnant les poches de perfusion avant les opérations chirurgicales.

Une thèse que l'avocat de l'accusé, Me Randall Schwerdorffer, s'est évertué à contrer.

Il a ainsi soutenu que son client n'aurait pas pu empoisonner les poches de perfusion sans que cela se remarque: "si on fait un trou dedans pour introduire du produit, l'air passe et elle n'est plus sous vide, ça se voit", or "personne n'avait rien remarqué d'anormal", selon lui.

Et il s'est par ailleurs étonné qu'une infirmière de la PFC, qui a témoigné jeudi, ait été mise hors de cause car absente lors de certains des incidents, alors que ce motif n'a pas été retenu en faveur de son client. "Quand vous n'êtes pas là, vous ne pouvez pas être soupçonnée, et (...) quand Frédéric n'est pas là, il peut être soupçonné", a-t-il résumé en s'adressant à la soignante.

Frédéric Péchier, 53 ans, est le seul praticien ayant travaillé dans les deux établissements concernés par le dossier, aux dates des faits présumés. L'accusé, qui a toujours affirmé son innocence, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 19 décembre.

V.Fan--ThChM