AEX
-6.9400
La France retrouve dimanche des températures plus respirables après 11 jours de canicule historique et d'importants orages, mais l'effet à retardement de la chaleur sur les organismes maintient les hôpitaux sous tension et fait craindre une forte surmortalité.
"Depuis le 24 juin, environ 1.000 décès supplémentaires" ont été observés par rapport aux mois précédents, un phénomène touchant principalement les plus de 65 ans, avec en particulier une hausse de 40% des décès à domicile, a annoncé dimanche Santé publique France, prévenant que le bilan réel est voué à s'alourdir.
Une crainte partagée par Ian Brossat, sénateur PCF et conseiller à la mairie de Paris: "Tous les indicateurs que nous avons (...) sont préoccupants, à la fois sur la saturation des hôpitaux, la saturation des services funéraires", a-t-il souligné dimanche sur RMC.
"Je pense qu'on devrait avoir l'humilité de reconnaître que dans un certain nombre de domaines, il y a une forme de faillite collective", a ajouté M. Brossat, estimant qu'"on va devoir avancer vers des solutions de type climatisation (...) dans les lieux comme les hôpitaux, les EHPAD, les écoles".
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe a lui appelé sur X à aller plus "vite" et "plus loin" en matière d'adaptation au réchauffement climatique, et proposé une série de mesures allant d'un plan de climatisation à la reconquête des espaces de baignade.
Dimanche, la vigilance rouge ne concerne plus que l'Alsace, avec une levée prévue à 22H00. Au pic de l'épisode, jeudi, 72 départements étaient au niveau d'alerte maximal.
"L'air le plus chaud" se décalant "vers l'est du pays", selon Météo-France, lundi, l'Ile-de-France, l'Alsace, dix départements de l'Est/Sud-Est et la Corse resteront en alerte orange, tandis que la moitié ouest du pays devrait repasser en vigilance verte.
- Orages et grêle -
Un soulagement pour les millions de Français éprouvés par le tunnel de nuits tropicales, durant lesquelles la température ne descend pas sous 20°C. "Quatre à cinq heures de sommeil alors qu'il me faut six à sept heures... On tire sur la corde", confie Nelly Koebel, 37 ans, dans le centre de Strasbourg.
Louise Stockmanns, une autre Strasbourgeoise de 73 ans, se sent aussi "épuisée". Cette canicule elle l’a "très mal" vécu : "J’ai suffoqué", "j’étais à la maison, enfermée", raconte-t-elle à l'AFP.
Cet épisode caniculaire, phénomène intensifié par le changement climatique, principalement causé par la combustion des énergies fossilesdépasse celui d'août 2003 en termes d'intensité et est équivalent en termes de durée", a souligné samedi Météo-France.
Cette dernière avait causé quelque 15.000 morts, mettant en évidence l'inadaptation de nombreux établissements hospitaliers et Ehpad.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a estimé dimanche sur BFMTV que "même si la canicule est comparable d'un point de vue météorologique à celle de 2003, on ne sera pas probablement dans la même situation d'un point de vue sanitaire". On n'aura "probablement pas la même surmortalité", a dit la ministre.
La baisse des températures -qui pourront toutefois avoisiner voire dépasser les 30°C à Paris et à Marseille- s'est accompagnée de forts orages sur plusieurs régions, avec de "très fortes rafales de vent", une "activité électrique marquée" et des chutes de grêle, selon Météo-France.
Dans l'Aisne, balayée par de violents orages accompagnés de rafales dépassant 100 km/h, la foudre a provoqué plusieurs incendies, dont un à Laon où cinq personnes ont été légèrement blessées. Jusqu'à 56.000 foyers ont été privés d'électricité, dont 28.000 l'étaient encore dimanche matin.
Ces risques orageux perdureront au moins jusque dans la nuit.
Et les effets sanitaires de cette canicule "restent devant nous", ont prévenu samedi les services du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Les cas de "déshydratations", "décompensations" de maladies chroniques et les "hospitalisations différées" vont rester à un niveau élevé pendant plusieurs jours, a averti Matignon.
L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a évoqué une activité des urgences "exceptionnellement élevée" depuis la fin de la semaine. Samedi, les passages aux urgences ont été 36% plus élevés que la normale, avec un "nombre toujours élevé d'arrêts cardiaques".
Interrogés dimanche par l’AFP, les pompiers du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont aussi fait état d'un nombre d’interventions plus élevé que la normale, surtout des personnes victimes de coups de chaleur ou de malaises.
Dans les funérariums, on constate depuis la fin de la semaine "une saturation des chambres funéraires, avec une grande disparité selon les régions", expliquait samedi Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire (FNF).
Toutefois, "il est un peu tôt pour parler de solutions de gestion de crise avec des conditions telles que Rungis pour la canicule de 2003", qui avait fortement marqué les esprits, a-t-il ajouté.
Z.Huang--ThChM