The China Mail - L'effondrement de l'Amoc, une menace incertaine mais dévastatrice

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L'effondrement de l'Amoc, une menace incertaine mais dévastatrice
L'effondrement de l'Amoc, une menace incertaine mais dévastatrice / Photo: © AFP/Archives

L'effondrement de l'Amoc, une menace incertaine mais dévastatrice

Refroidissement de l'Europe du Nord, sécheresses au Sahel, tempêtes plus violentes: un effondrement de l'Amoc, un système complexe de courants dans l'Atlantique qui régule le climat, aurait des conséquences catastrophiques. Mais ce scénario très incertain ne fait pas consensus au sein de la communauté scientifique.

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"Des effets dévastateurs et irréversibles", "une issue catastrophique", "des événements météorologiques extrêmes"... En octobre, 44 scientifiques sonnaient l'alerte sur un éventuel effondrement de l'Amoc - acronyme anglais pour "Circulation méridienne de retournement de l'Atlantique" -, dans une aux dirigeants du Conseil nordique.

Selon cet appel, les experts du climat du Giec ont "sous-estimé" le risque de voir l'Amoc "passer un point de bascule" dans "les prochaines décennies". "Les études récentes m'ont vraiment donné l'impression que ce risque est beaucoup plus important que nous le pensions il y a seulement cinq ans", a insisté dans sa au Conseil nordique, Stefan Rahmstorf, océanographe à l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact du climat (PIK).

Sans aller jusqu'à une nouvelle glaciation, comme dans le film "Le jour d'après" de Roland Emmerich (2004), un effondrement de l'Amoc aurait des conséquences dévastatrices: baisse des températures en Europe du Nord, sécheresses au Sahel et en Asie du Sud, montée du niveau de la mer en Amérique du Nord, moindre captage de CO2 par l'océan, etc...

- 18 millions de m3 par seconde -

Souvent confondue avec le Gulf Stream (qui n'en est qu'une composante), l'Amoc a en effet un rôle essentiel dans la régulation du climat.

Ensemble complexe de courants qui transporte de l'eau chaude en surface vers le Nord et de l'eau froide en profondeur vers le Sud, sa puissance (18 millions de m3 par seconde) équivaut à environ 18 fois le débit cumulé de toutes les rivières du monde.

Un de ses points névralgiques se situe au large du Groenland: l'eau chaude et salée venue du Sud y refroidit, devient plus dense que les couches inférieures et plonge entre 1.500 et 3.000 mètres, avant de repartir vers le Sud.

En mélangeant l'eau de surface avec les eaux profondes, l'Amoc contribue ainsi à pomper du carbone et de la chaleur au fond de l'océan.

"Avec l'Antarctique, c'est l'un des deux seuls endroits sur Terre qui permette de connecter la surface avec les profondeurs océaniques. Cette circulation verticale est importante pour la régulation du climat", décrit Jean-Baptiste Sallée, océanographe au CNRS.

La chaleur transportée par l'Amoc depuis les tropiques adoucit aussi le climat de l'Europe du Nord.

- Système "chaotique"-

Souvent comparé à un "tapis roulant océanique", c'est un système "beaucoup plus chaotique, dispersif", avec des variations importantes d'intensité, souligne Damien Desbruyères, océanographe à l'Ifremer.

L'Amoc n'est d'ailleurs suivie en continu que depuis 2004, grâce à un réseau de mouillages, baptisé RAPID, complété depuis par des capteurs dans l'Atlantique subpolaire (OSNAPE), et des flotteurs Argo.

"Avec ces mesures directes, pour le moment, on ne voit rien de probant" quant à un éventuel déclin de l'Amoc, souligne Pascale Lherminier, océanographe à l'Ifremer, qui a participé à de nombreuses campagnes d'observation.

Pour avoir plus de recul historique, des scientifiques ont entrepris de reconstruire l'Amoc sur plusieurs décennies ou siècles, en se basant sur des indicateurs indirects, tels que les températures de surface de l'océan, la salinité ou l'analyse des sédiments. Plusieurs études concluent ainsi à un déclin de l'Amoc sur le long terme, sans pour autant emporter l'adhésion de la communauté scientifique.

D'ici à la fin du siècle, l'Amoc devrait néanmoins perdre en intensité, sous l'influence du changement climatique, qui réchauffe les eaux de surface et augmente ainsi la stratification de l'océan en couches plus difficiles à mélanger. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland devrait en outre ralentir la plongée des eaux de surface vers les profondeurs océaniques, en charriant dans l'Atlantique Nord de vastes quantités d'eau douce, moins dense que l'eau salée.

- "Incertitude quasi-totale" -

"Ce qui n'est pas bien compris, c'est la rapidité et l'intensité de ce déclin", précise M. Sallée, qui a participé aux travaux du Giec sur le sujet.

Dans leur , les experts du climat jugeaient "très peu probable" un effondrement de l'Amoc au XXIe siècle - avec un degré de confiance "moyenne"-, tout en affirmant qu'un "affaiblissement substantiel" restait "un scénario physiquement plausible".

Ce constat est-il déjà dépassé? "Si on a l'historique, on se rend compte que le niveau d'alarme augmente plutôt qu'il ne ralentit", pointe Didier Swingedouw, directeur de recherche au CNRS, convaincu que le prochain rapport du Giec mettra en avant "un risque de plus en plus probant" que l'Amoc s'effondre après 2100 "si on ne diminue pas nos émissions" de CO2.

"Il y a beaucoup d'études qui sortent", convient M. Sallée. "Mais il y en a un peu dans les deux sens."

"Je n'ai pas vu dans la littérature des éléments qui viendraient modifier les conclusions du rapport du Giec de 2021", enchaîne Anne-Marie Tréguier, directrice de recherches au CNRS, qui a aussi participé aux travaux du Giec.

"Il y a de l'incertitude" dans les constats du Giec, souligne-t-elle. "Et l'incertitude est quasi totale pour l'après 2100. Cela dépendra de nos émissions d'ici là..."

"On crie au loup sur quelque chose d'assez hypothétique", regrette Fabien Roquet, professeur d'océanographie physique à l'Université de Göteborg, en Suède.

"Le vrai sujet, c'est le réchauffement climatique. Et c'est maintenant", estime-t-il.

J.Liv--ThChM