The China Mail - Au Mont-Saint-Michel, la pénurie de main d’oeuvre plombe la restauration

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Au Mont-Saint-Michel, la pénurie de main d’oeuvre plombe la restauration
Au Mont-Saint-Michel, la pénurie de main d’oeuvre plombe la restauration / Photo: © AFP/Archives

Au Mont-Saint-Michel, la pénurie de main d’oeuvre plombe la restauration

"Depuis janvier, je galère". Le patron de la crêperie la Cloche, au Mont-Saint-Michel, ne fait habituellement que le service, mais là, pas le choix: il est aussi crêpier et glacier, par manque de bras.

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Pour François Ridel, 38 ans, qui a repris l’affaire familiale il y a six ans, la situation est inédite. Habituellement, les CV de jeunes étudiants s'empilent sur son bar avant la saison estivale. Mais cette année, il n’a pu compter que sur son cercle d’amis et son réseau pour faire tourner son commerce... en vain.

"Pendant l’Ascension, on n’a pas pu ouvrir la salle du haut qui compte 30 couverts. Il y avait du monde, pourtant, mais on a dû en refuser, car on n'avait pas assez de serveurs", lâche le gérant de cette crêperie de la rue principale du Mont.

"C'est un manque à gagner énorme", souligne M. Ridel, qui chiffre sa perte de chiffre d'affaires à 50% par rapport à 2019.

Cet enfant du Mont avoue ne pas comprendre ses difficultés à recruter dans son établissement fermé le soir, le dimanche et le lundi, un rythme plus calme que dans d’autres restaurants.

"La restauration ne convient plus aux jeunes", estime-t-il. "Une fois, j'en ai eu un, il voulait un CDI, alors je lui ai fait un CDI mais il est parti au bout de deux mois sans explications. Les jeunes veulent gagner 3.000 euros et avoir leurs week-ends mais ce n'est pas possible en restauration!"

- "Un peu galère"-

Les horaires intenses sans week-end libre, "c’est vrai que c’est un peu galère", admet Océane Bouffort, 19 ans, qui travaille à l’hôtel Mercure comme femme de chambre. Mais cette saisonnière n’a pas d’autre choix pour payer ses études de langues à Caen.

Parmi ses amies, une seule travaille aussi dans l'hôtellerie. "Les autres travaillent dans des boutiques, où les contraintes sont moindres", explique-t-elle.

Nathalie Bazire, de la CGT Manche, n’est pas surprise par ce manque de main d'œuvre: "on ne peut pas demander à des jeunes de travailler 12 heures par jour avec un salaire proche du Smic!"

Outre la pénibilité des métiers de l’hôtellerie et de la restauration, la syndicaliste déplore aussi le manque d’accessibilité de ce site touristique exceptionnel, l'un des plus visités en France et classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Pour y travailler, "il faut une voiture puis prendre une navette", pointe-t-elle, en plaidant pour la création de logements pour saisonniers sur le Mont, qui ne compte qu'une trentaine d'habitants à l'année et une soixantaine de commerces.

Les contraintes qui freinent le recrutement, le directeur du groupe d'hôtellerie-restauration Les Portes du Mont-Saint-Michel, Gilles Gohier, en a bien conscience.

Il a donc mis en place une série de mesures pour tenter de pallier le manque de main d'œuvre, qu’il estime à 20%. Une prime à la cooptation de 300 euros est versée aux employés qui recommandent une personne à l'embauche, les salaires ont été augmentés de 10%, mais, surtout, "on embauche des gens sans qualification et on les forme", souligne-t-il. "Ça ne serait jamais arrivé il y a 3 ou 4 ans."

“C’est un problème national", relativise cependant le directeur du groupe. "Mais il est d’autant plus criant sur un site touristique dont les commerces doivent être ouverts sept jours sur sept", affirme M. Gohier qui a dû fermer deux restaurants cette année sur les quatre qu'il gère. Par manque de main d’œuvre.

Z.Ma--ThChM