The China Mail - Carburant de "sang": ces chauffeurs routiers qui défient la mort pour ravitailler Bamako

USD -
AED 3.6725
AFN 64.999747
ALL 81.855804
AMD 362.20984
ANG 1.790365
AOA 918.000201
ARS 1516.745904
AUD 1.437122
AWG 1.8
AZN 1.692219
BAM 1.75007
BBD 2.014862
BDT 123.150572
BGN 1.683441
BHD 0.377597
BIF 2993.213105
BMD 1
BND 1.281167
BOB 11.849764
BRL 4.9869
BSD 1.000362
BTN 95.757408
BWP 13.762835
BYN 3.017158
BYR 19600
BZD 2.011999
CAD 1.428435
CDF 2309.999714
CHF 0.83455
CLF 0.024821
CLP 976.870209
CNY 6.692149
CNH 6.69485
COP 3195.84
CRC 455.621222
CUC 1
CUP 24.010451
CVE 98.666285
CZK 21.834202
DJF 177.720107
DKK 6.69878
DOP 60.747601
DZD 134.682039
EGP 52.653301
ERN 15
ETB 163.410241
EUR 0.896103
FJD 2.24725
FKP 0.755381
GBP 0.757125
GEL 2.590212
GGP 0.755381
GHS 11.764759
GIP 0.755381
GMD 73.507189
GNF 8801.199025
GTQ 7.647672
GYD 209.197346
HKD 7.84803
HNL 26.853679
HRK 6.7512
HTG 131.006868
HUF 326.919042
IDR 17925.55
ILS 3.07312
IMP 0.755381
INR 95.602749
IQD 1516.587254
IRR 1779470.000482
ISK 122.050438
JEP 0.755381
JMD 159.428395
JOD 0.708972
JPY 158.659504
KES 129.739901
KGS 87.449746
KHR 4061.472384
KMF 439.999937
KPW 900.000318
KRW 1334.490027
KWD 0.31143
KYD 0.83368
KZT 450.673097
LAK 22494.642322
LBP 89587.097063
LKR 331.142539
LRD 170.576208
LSL 16.549941
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.428319
MAD 9.679166
MDL 17.917366
MGA 4512.529585
MKD 55.100461
MMK 2100.025299
MNT 3596.153429
MOP 8.086399
MRU 40.212066
MUR 47.530113
MVR 15.449866
MWK 1734.769206
MXN 18.241315
MYR 4.085097
MZN 63.90987
NAD 16.549941
NGN 1330.260028
NIO 36.811188
NOK 9.573036
NPR 153.214773
NZD 1.790478
OMR 0.384504
PAB 1.00038
PEN 3.44445
PGK 4.471368
PHP 62.768499
PKR 276.99451
PLN 3.928315
PYG 5690.893229
QAR 3.657001
RON 4.778004
RSD 105.192003
RUB 83.910765
RWF 1475.068787
SAR 3.75677
SBD 8.078071
SCR 14.002831
SDG 601.503172
SEK 10.040275
SGD 1.281045
SHP 0.755572
SLE 24.669871
SLL 20969.491881
SOS 571.773706
SRD 37.667024
STD 20697.981008
STN 21.922074
SVC 8.753932
SYP 13002.000254
SZL 16.544455
THB 33.63003
TJS 9.218882
TMT 3.51
TND 2.992694
TOP 2.40776
TRY 49.330503
TTD 6.803001
TWD 31.94401
TZS 2640.008042
UAH 45.034652
UGX 4132.087205
UYU 40.23891
UZS 11905.241259
VES 875.701598
VND 25937
VUV 119.754657
WST 2.785507
XAF 587.804931
XAG 0.016586
XAU 0.000239761581
XCD 2.70255
XCG 1.802979
XDR 0.707052
XOF 587.804931
XPF 106.711286
YER 236.199723
ZAR 16.54505
ZMK 9001.20052
ZMW 19.858175
ZWL 321.999592
SSP 5757.531856
MXV 2.060114
  • AEX

    3.2400

    1119.29

    +0.29%

  • BEL20

    9.1000

    5694.52

    +0.16%

  • PX1

    -0.8100

    8077.75

    -0.01%

  • ISEQ

    -37.6000

    14425.66

    -0.26%

  • OSEBX

    -4.6100

    2089.87

    -0.22%

  • PSI20

    7.7600

    9712.35

    +0.08%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    12.0700

    4481.36

    +0.27%

  • N150

    -2.5400

    4237.95

    -0.06%

Carburant de "sang": ces chauffeurs routiers qui défient la mort pour ravitailler Bamako
Carburant de "sang": ces chauffeurs routiers qui défient la mort pour ravitailler Bamako / Photo: © AFP

Carburant de "sang": ces chauffeurs routiers qui défient la mort pour ravitailler Bamako

"On ne sait jamais si on rentrera vivant", souffle Baba, le regard perdu dans le vide. Dans le nord ivoirien, il s'apprête comme des dizaines de collègues à reprendre la route vers le Mali voisin, à bord de leurs camions-citernes chargés de carburant et d'angoisse.

Taille du texte:

Un acronyme fait trembler tous les chauffeurs routiers: le JNIM, du nom de ce groupe jihadiste affilié à Al-Qaida qui a décrété il y a deux mois que plus aucun camion-citerne ne pénètrerait au Mali depuis un Etat voisin.

Depuis, les camions incendiés venant d'Abidjan ou de Dakar se comptent par centaines, et font partie de la stratégie de jihad économique du JNIM qui cherche notamment à étouffer Bamako et la junte militaire au pouvoir.

"En asphyxiant économiquement le pays, le JNIM cherche à gagner le soutien populaire en accusant le gouvernement militaire d'incapacité", note Bakary Sambe du groupe de réflexion Timbuktu Institute, basé au Sénégal, qui évoque "un problème structurel d'insécurité".

Sur plus de 300 kilomètres dans le nord de la Côte d'Ivoire, de Niakaramandougou à Tengréla, dernière ville avant le Mali, l'AFP a rencontré des dizaines de chauffeurs qui expliquent continuer de rouler, mus par "la nécessité" financière, "le patriotisme", et une bonne dose de courage.

- Mourir "pour la bonne cause" -

"On le fait parce qu’on aime notre pays. On ne veut pas que les Maliens manquent de carburant", confie Baba (prénom modifié), 30 ans, maillot de Manchester United sur les épaules.

"Si on meurt, c'est pour la bonne cause", dit d'un air grave Mamadou Diallo, 55 ans, s'offrant un moment de répit sur un parking à Niakaramandougou, à cinq heures de la frontière.

Les familles, elles, redoutent chaque départ. "Mais rester sans travail, c’est impossible", soupire de son côté Yoro, un autre routier.

Un peu plus au nord, à Kolia, Sidiki Dembélé déjeune avec un collègue, camions alignés au bord de la route, moteurs qui ronronnent doucement, prêts à repartir.

De l'autre côté du goudron, pour alléger l'ambiance, des jeunes font vibrer "Y que fue", tube latino rendu célèbre par la star mondiale du football, Lamine Yamal.

"Si les camions s’arrêtent, c'est tout un pays qui s'éteint", explique-t-il, entre deux bouchées de riz nappé de sauce arachide.

En 2023, plus de la moitié des produits pétroliers exportés par la Côte d’Ivoire étaient destinés au Mali.

Les camions maliens se chargent à Yamoussoukro ou Abidjan avant d’emprunter les deux corridors pour leur pays : celui de Tengréla, ou celui de Pogo, où des escortes militaires prennent le relais côté malien, jusqu'à Bamako. Une escorte peut regrouper jusqu'à plusieurs centaines de citernes.

Mais même sous escorte, les convois sont fréquemment pris pour cibles. Les zones les plus dangereuses dans ce sud malien: les axes Kadiana-Kolondiéba et Loulouni-Sikasso.

"Il y a deux mois, j’ai vu des jihadistes brûler deux camions. Les chauffeurs sont morts. J’étais juste derrière. Par miracle, ils m’ont laissé passer", raconte Moussa, 38 ans, polo rouge taché d’huile.

Bablen Sacko a aussi échappé de peu à une embuscade.

"Des apprentis sont morts, juste derrière nous", dit-il. Puis, d’une voix ferme: "Chacun a un rôle dans la construction du pays. Le nôtre, c’est d’approvisionner le Mali en carburant. On le fait par patriotisme."

- Prime de risque -

Mais derrière la fierté, c'est l’amertume. Les chauffeurs dénoncent des conditions de travail indignes. "Pas de contrat, pas d’assurance, pas de retraite. Si tu meurs, c’est fini. Après ton enterrement, on t’oublie", déplore Bablen Sacko.

Avec un salaire mensuel d’à peine 100.000 francs CFA (152 euros) et un bonus de 50.000 (76 euros) par voyage, Yoro réclame une prime de risque, "parce qu’on ne sait jamais si on rentrera vivant".

Face à cette insécurité croissante, certains transporteurs ivoiriens ont renoncé à la route du Mali.

À Boundiali, Broulaye Konaté, gestionnaire d’un parc de 45 camions, a préféré immobiliser sa flotte.

"J’ai demandé à un chauffeur de livrer de l’engrais au Mali. Il a refusé. Le camion est toujours garé à Abidjan", dit-il.

Pour Souleymane Traoré, chauffeur ivoirien depuis sept ans sur l’axe malien, chaque trajet est désormais une épreuve. "Tu prends la route, la peur au ventre", confie-t-il.

Il se souvient avoir récemment compté alors qu'il rentrait en Côte d'Ivoire, "cinquante-deux citernes calcinées. Et six autres brûlées plus loin", entre Kadiana et Tengréla.

Le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga a récemment qualifié le carburant que le Mali reçoit ces derniers temps de "sang humain", en reconnaissance aux militaires et aux chauffeurs tués sur les routes.

"La situation devrait rester la même, dans les prochains jours, concernant les ravitaillements de carburant. Sur la scène politique, il y a plus d'incertitude: je ne pense pas que le JNIM ait la capacité ou l'intention de prendre Bamako, mais la menace qu'ils font planer sur la ville est sans précédent", conclut Charlie Werb, analyste du cabinet de conseil Aldebaran Threat Consultants (ATC).

T.Wu--ThChM