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L'ex-militaire se rêvait pilote de chasse, mais Pierre Bourdin, dont la personnalité a été scrutée mardi par la cour d'assises de Paris qui juge le dossier Athanor, du nom d'une officine maçonnique, a été arrêté dans une Clio noire volée, en juillet 2020, alors qu'il s'apprêtait à assassiner une coach en entreprise.
En garde à vue, l'ancien caporal, aujourd'hui âgé de 34 ans, affirme être en mission "homo" (pour homicide, NDLR), chargé d'éliminer un agent du Mossad. L'enquête sur sa personnalité révèle néanmoins une forte propension aux mensonges.
Au moment des faits, Pierre Bourdin est affecté à la sécurité du site de la base de Cercottes, dans le Loiret. Cette installation militaire stratégique est rattachée au service "Action" de la DGSE. Sa partie "opérationnelle" est dédiée à l'instruction et à l'entraînement des agents pour des missions à l'étranger.
C'est "le graal quand vous entrez à la DGSE", explique l'ancien militaire en col roulé blanc, alors chef d'équipe des gardes-barrières.
"Oui, la partie opérationnelle m'attirait", précise-t-il, ajoutant alors "aspirer à autre chose" qu'à passer ses journées "devant des caméras".
Au moment de son arrestation, le caporal a essuyé plusieurs échecs aux formations militaires internes et ne parvient pas à atteindre le grade d'officier.
Pourtant, il raconte "quelques anecdotes" sur ses opérations "à l'étranger" à sa belle-sœur, qui le croit commando engagé dans des opérations militaires extérieures sensibles.
"Soit il m'a menti, soit il cache sa couverture", estime cette dernière dans un témoignage lu devant la cour.
"Sportif", "instruit", "curieux": un lieutenant-colonel de la base de Saran interrogé sur Pierre Bourdin le décrit également comme "peu intelligent, prétentieux et mythomane".
- "Quelques conneries" -
"Ça vous arrive de mentir ?", lui demande l'un des avocats généraux.
"Évidemment, comme tout le monde (...) Vous pouvez mentir sans être menteur", répond l'intéressé, qui reconnaît du bout des lèvres "quelques conneries".
"C'est le coeur du dossier, on vous taxe d'être mythomane et manipulateur", insiste l'avocat général.
Incarcéré pendant environ trois ans après son arrestation, Pierre Bourdin croise en prison "Haurus", un ex-agent de la DGSI auteur d'un livre intitulé "Une prison française - Journal de bord d'un détenu", paru en 2023.
L'ancien militaire y est largement cité, selon des extraits cités par l'accusation, et encore une fois qualifié de mythomane.
Haurus rapporte qu'il se fait passer auprès des autres détenus pour un "tueur à gages" et raconte son histoire "en long et en large".
Il se dit également protégé par les médias du groupe de Vincent Bolloré: "Il n'écrira rien sur moi, je le connais personnellement, il me doit un petit service", insinue Pierre Bourdin.
"C'est une certitude que j'ai pu raconter des conneries, mais celle-là je ne m'en souviens pas", avoue-t-il.
L'ancien militaire est notamment accusé de tentative de meurtre en bande organisée, et d'association de malfaiteurs, des faits pour lesquels il sera interrogé en mai prochain.
Vingt-deux personnes au total comparaissent dans cette affaire à tiroirs qui avait débuté par l'assassinat raté de la coach en entreprise, Marie-Hélène Dini, le 24 juillet 2020.
Treize accusés encourent la prison à perpétuité, parmi lesquels quatre militaires, trois policiers dont un retraité des services de renseignement, un agent de sécurité et deux chefs d'entreprise, pour de multiples faits criminels dont le meurtre d'un pilote automobile et la tentative d'assassinat d'une coach en entreprise et d'un syndicaliste "gilet jaune".
Le procès est prévu jusqu'au 17 juillet.
Z.Ma--ThChM