The China Mail - Reprise d'industrie en difficulté: la difficile équation du bon repreneur

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Reprise d'industrie en difficulté: la difficile équation du bon repreneur
Reprise d'industrie en difficulté: la difficile équation du bon repreneur / Photo: © AFP

Reprise d'industrie en difficulté: la difficile équation du bon repreneur

Une usine en difficulté, des salariés et élus inquiets, un chevalier blanc qui surgit mais n'a parfois ni l'expertise, ni même l'intention nécessaires au redressement de l'entreprise... Trouver le bon repreneur n'est pas chose aisée.

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Le dossier Novasco en donne un exemple criant: un an seulement après avoir repris l'aciériste anciennement nommé Ascométal, le fonds britannique Greybull se retrouve voué aux gémonies par le gouvernement.

Le ministre délégué chargé de l'Industrie Sébastien Martin a annoncé lundi son intention de "saisir les tribunaux" contre le fonds, alors que l'aciériste s'apprête à changer une nouvelle fois de mains avec à la clé la fermeture de plusieurs sites industriels et 500 emplois supprimés.

"Quand vous êtes dans une situation critique, si n'importe qui passe par là et fait une proposition, vous regardez", synthétise un bon connaisseur de l'industrie auprès de l'AFP.

Ce n'est pas le premier fleuron historique à devoir se mettre sous la protection du tribunal de commerce. Concurrence internationale, inflation des coûts ou érosion des recettes... Les causes sont diverses, les conséquences se ressemblent souvent: emplois supprimés, grogne locale, sentiment d'abandon.

"Un emploi industriel, c'est trois emplois induits dans la région. Les caméras, les politiques, tout le monde s'en mêle et il devient compliqué d'étudier sereinement les offres" de reprise, poursuit la source.

- Incertitudes inévitables -

A charge au tribunal de commerce de s'assurer de la crédibilité d'un candidat à la reprise. Il prend au préalable les avis des administrateurs judiciaires, des mandataires judiciaires qui représentent les intérêts des créanciers, du ministère public et des représentants des salariés.

"Qu'il y ait des incertitudes sur la capacité d'un repreneur à faire face à ses obligations, c'est inhérent au monde de l'entreprise", observe auprès de l'AFP l'avocat spécialisé dans le redressement d'entreprise, Jean-François Puget.

Trois critères doivent en pratique guider les choix, poursuit cet associé du cabinet Cornet Vincent Ségurel: "la poursuite pérenne de l'activité de l'entreprise, le maintien de l'emploi, l'apurement du passif".

"Il faut regarder l'historique de l'éventuel repreneur, percevoir sa compréhension intime du métier et des savoir-faire" et bien sûr "évaluer sa solidité financière", estime auprès de l'AFP Stéphane Gorce, président de la Société des Ingénieurs Arts & Métiers et bon connaisseur du monde de l'industrie.

Se pose en outre la question délicate de l'éventuel passage sous pavillon étranger d'un fleuron national.

Mais le candidat idéal ne se présente pas toujours.

"Quel investisseur aujourd'hui va mettre 200 millions d'euros pour remettre sur pied un outil industriel" comme Novasco, alors que "les usines de sidérurgie européennes tournent à moins de 65% de leur capacité" et que le plan acier européen devant protéger la filière de la concurrence étrangère n'est, à date, "ni validé ni a fortiori mis en œuvre", déplore Bruno Jacquemin, délégué général de A3M (extraction minière, métallurgie, sidérurgie et recyclage des métaux).

- Liquidation parfois préférable -

"Si aucun repreneur n'apparaît vraiment viable, on voit de plus en plus des tribunaux qui préfèrent liquider plutôt que continuer avec un énième" acheteur, observe Me Puget.

Un temps candidats à la reprise de Novasco, deux repreneurs en série d'industriels, ACI Groupe et Europlasma, ont vu leur étoile pâlir dernièrement.

Le premier, créé en 2019 par Philippe Rivière et Patrice Rives, a demandé fin septembre son placement en redressement judiciaire à Lyon, décision qui a poussé le ministre de l'Economie Roland Lescure à commander un "audit" sur cet acteur qui emploie 1.600 salariés.

Le second a fait l'objet d'un droit d'alerte économique du CSE d'une des entreprises reprises, Fonderie de Bretagne. Dans la foulée, le cabinet de Sébastien Martin a annoncé un comité de suivi pour s'assurer que le repreneur tienne les engagements prononcés à la barre du tribunal de commerce.

K.Leung--ThChM