The China Mail - ArcelorMittal à Fos, un redémarrage entre deux eaux

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ArcelorMittal à Fos, un redémarrage entre deux eaux
ArcelorMittal à Fos, un redémarrage entre deux eaux / Photo: © AFP/Archives

ArcelorMittal à Fos, un redémarrage entre deux eaux

Tout semble encore figé sur l'immense emprise industrielle, mais la reprise est imminente sur le site ArcelorMittal de Fos-sur-Mer, deuxième plus grande usine française de l'industriel indien, dont l'aciérie avait été dévastée par un incendie en octobre.

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La direction a annoncé aux 2.400 salariés son redémarrage pour le 23 décembre et quelques grues s'activent devant ce très haut bâtiment dont les cimes portent toujours les traces de suie rappelant la violence de ce feu, accidentel, du 8 octobre.

Des véhicules de sous-traitants en électricité garés devant témoignent aussi des derniers réglages.

Sans aciérie, quasiment toutes les activités ont été mises à l'arrêt: des montagnes de minerais attendent d'être acheminées vers la cokerie, les wagons transportant la fonte liquide des hauts fourneaux vers l'aciérie sont plantés au milieu des voies. Et le silence règne devant l'immense train à bande des laminoirs - 1 km de long.

Si l'usine, bordée d'un canal ouvrant sur la mer et les exportations vers le bassin méditerranéen, est en pause forcée depuis l'automne, la réalité est aussi qu'elle était loin de tourner au maximum de ses capacités depuis 2022 et la signature d'un dispositif APLD (activité partielle longue durée).

Le net recul du marché européen de l'acier avait conduit à adopter cette mesure, complétée par un "plan d'adaptation" portant sur 308 postes début 2025 - "un plan social déguisé" selon Nordine Laimeche, délégué central CFDT.

Les mêmes raisons avaient justifié le maintien à l'arrêt de l'un des deux hauts-fourneaux, le numéro 1 (HF1), depuis novembre 2023, initialement au repos pour raison technique. En phase finale de rénovation, il sera relancé en 2026, pour prendre le relais du "HF2", car l'état du marché ne permet pas encore de faire tourner les deux en même temps.

La direction ne donne pas de chiffre, mais CFDT et FO (majoritaire) s'accordent: l'usine est aujourd'hui largement déficitaire, de l'ordre de plusieurs centaines de millions d'euros.

"Les yeux bandés"

Les syndicats y voient notamment le résultat d'un appareil industriel vieillissant - Fos a eu 50 ans en 2024.

"La France est et reste un pays-clé pour le groupe", avait tenté de déminer en mai devant les députés le patron d'ArcelorMitall France, Alain Le Grix de la Salle, après l'annonce d'un plan social de 600 personnes en France, à Dunkerque principalement.

Pas de quoi rassurer totalement Nordine Laimeche: "on demande un vrai budget de rénovation, on a des installations fatiguées, dangereuses, il faut les remettre au standard, et pas seulement le haut-fourneau". Arrivé en 2002, il assure d'ailleurs n'avoir "jamais vu autant d'incidents". La faute à des postes supprimés dans la maintenance globale, regrette-t-il. Un constat partagé par Christophe Ibanez, secrétaire FO (majoritaire): "au vu de l'état de l'entreprise, tout le monde de pose des questions".

"On avance les yeux bandés", résume M. Laimeche, qui estime toutefois, comme M. Ibanez, que le nouveau haut-fourneau ouvre un horizon de quelques années. Tout en affirmant que des collègues, lassés des incertitudes, démissionnent. "Je les comprends, d'autant qu'ils ont des compétences très demandées sur le bassin de Fos".

L'éventuelle installation d'un haut fourneau à arc électrique ancrera-t-elle un peu plus l'avenir du site, gros émetteur de gaz à effet de serre? Même si les syndicats, acquis à la nécessité de décarboner, s'interrogent sur les conséquences sociales de cet investissement, la direction en caresse le projet, estimé à 750 millions d'euros. Elle le conditionne, comme à Dunkerque, à l'entrée en vigueur du plan acier de Bruxelles pour défendre le marché européen, soumis aux importations chinoises.

Analyste financier chez Oddo BHF, Maxime Kogge, veut en tout cas croire que ces mesures, associées au plan de relance industriel allemand et un rebond annoncé du marché de l'acier en 2026, bénéficieront in fine au site de Fos. Il assure d'ailleurs avoir reçu "pour la première fois depuis longtemps" des demandes de visite du site de la part d'investisseurs.

N.Wan--ThChM