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La Croix-Rouge a mis en garde samedi contre une évacuation massive de la population de Gaza-ville, à l'heure où Israël durcit le siège de l'agglomération en vue d'une offensive annoncée comme majeure contre le Hamas palestinien.
"Il est impossible que l'évacuation massive de la ville de Gaza puisse être menée à bien de manière sûre et digne dans les conditions actuelles", a déclaré la présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Mirjana Spoljaric.
Un tel projet est "non seulement irréalisable, mais aussi incompréhensible" si Israël entend respecter les principes du droit international humanitaire, a-t-elle estimé.
Des milliers d'habitants ont déjà fui la ville, située dans le nord du territoire, où vivent près d'un million de personnes selon les estimations de l'ONU.
Après bientôt 23 mois d'une guerre ayant dévasté la bande de Gaza, l'évacuation de Gaza-ville "entraînerait un déplacement massif de population qu'aucune zone de la bande de Gaza ne serait en mesure d'absorber", a averti Mme Spoljaric.
Malgré des pressions croissantes, tant à l'étranger qu'en Israël, pour mettre fin à la guerre, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu affirme vouloir poursuivre l'offensive dans la bande de Gaza et l'ordre a été donné à l'armée de préparer un assaut généralisé sur Gaza-ville.
Pour M. Netanyahu et ses alliés d'extrême droite, il s'agit d'en finir avec le Hamas, le mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre le 7 octobre 2023, et de ramener tous les otages enlevés ce jour-là.
Pour l'armée israélienne, qui a déclaré officiellement vendredi Gaza-ville "zone de combat", en prélude à son offensive, l'évacuation de l'agglomération est "inévitable".
Sur le terrain, les opérations militaires israéliennes se sont encore intensifiées samedi à la périphérie de l'agglomération.
- "Bombardements insensés" -
Un journaliste collaborant avec l'AFP se trouvant à la lisière nord de Gaza-ville et de la ville de Jabalia a indiqué se trouver désormais à la limite de la zone que l'armée a ordonné d'évacuer. Les bombardements se rapprochent et l'on entend clairement tirs et explosions, a-t-il ajouté.
La Défense civile de la bande de Gaza, organisation de premiers secours opérant sous l'autorité du Hamas depuis la prise du pouvoir du mouvement dans ce territoire en 2007, a fait état de frappes israéliennes intenses sur les quartiers de Sabra (centre) et Zeitoun (sud-est) et une "escalade" dans le quartier de Cheikh Radouane (nord).
"Les bombardements [de cette nuit] étaient insensés, ils n'ont pas cessé une seconde, et nous n'avons pas dormi", a déclaré Abou Mohammad Kishko, joint par téléphone alors qu'il dit se trouver dans le nord de Zeitoun.
"Nous ne pouvions pas non plus respirer correctement à cause des bombes fumigènes, nous suffoquions [...] Nous sommes piégés dans nos maisons", ajoute cet homme de 42 ans qui, comme tant d'autres habitants, n'a pas obtempéré aux ordres d'évacuation israéliens parce qu'"il n'y a aucun endroit sûr [dans la bande de Gaza], et nous n'avons nulle part où aller".
- "Désastre total" -
"Toute la nuit, les bombardements et les explosions n'ont pas cessé, et mes enfants n'ont pas pu dormir", a témoigné Mariam Yassine, jointe à Cheikh Radouane.
"Mon mari est parti il y a quelques jours chercher un endroit pour nous, mais il n’a rien trouvé, et nous ne savons pas quoi faire", a ajouté cette femme de 38 ans : "A Gaza, nous vivons une tragédie quotidienne et c'est comme si le monde ne nous entendait pas et ne nous voyait pas."
Interrogée par l'AFP sur ses opérations militaires, l'armée israélienne, dont des hommes mènent des opérations au sol dans Zeitoun depuis plusieurs jours, a simplement indiqué que deux de ses soldats avaient été blessés par un engin explosif "dans le nord de la bande de Gaza".
"Près d'un million de personnes vivant dans le gouvernorat de Gaza, n'ont pratiquement nulle part où aller, ni même les moyens de se déplacer", a déclaré vendredi Philippe Lazzarini, chef de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). "Si l'opération militaire se déroule au milieu de la population (...) ce sera un désastre total".
L'attaque du 7-Octobre a entraîné la mort de 1.219 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles. Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 47 restent désormais retenues à Gaza dont une vingtaine présumées vivantes.
Les représailles militaires israéliennes ont fait au moins 63.025 morts dans la bande de Gaza, en majorité des civils, selon des chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas. Le ministère, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU, ne précise pas le nombre de combattants tués.
E.Lau--ThChM