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Donald Trump a douché mardi les nombreux appels à une large coopération mondiale sur l'intelligence artificielle (IA) et ses risques, le président américain étant plus intéressé par le fait de rebaptiser cette technologie "super intelligence".
Lors de son intervention devant l'Assemblée générale de l'ONU, le chef d'Etat américain a rejeté "toute tentative de bâtir un projet mondialiste" d'encadrement de cette technologie, dont les Etats-Unis sont le champion.
Lundi, les dirigeants de plus de 20 pays dont le Canada, l'Allemagne et l'Australie avaient pourtant plaidé pour davantage de supervision et la possible création, sous l'égide de l'ONU, d'un organe international de régulation.
"Parce que (l'IA) nous touche tous, la coordination au niveau mondial est indispensable", a exhorté mardi le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres à la tribune, quelques minutes avant l'intervention de Donald Trump.
Le chef de l'ONU s'est particulièrement adressé aux nations "qui disposent des plus grandes capacités en matière d'IA", c'est-à-dire Chine et Etats-Unis, leur demandant d'"établir des canaux de dialogue, de transparence, de confiance et de coopération".
Le ministre américain des Finances Scott Bessent s'est entretenu de l'IA dimanche à New York avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng.
A cette occasion, les Etats-Unis ont proposé la mise en place d'un mécanisme de notification entre les deux pays en cas d'incident lié à l'IA, un événement relevant de la sécurité nationale.
Mais le ministre n'a rien dit de la gestion des menaces que fait désormais planer l'IA sur la sécurité informatique et au-delà.
Ces derniers mois, plusieurs incidents ont été rapportés par les entreprises de pointe sur l'IA, qui ont constaté que leurs modèles s'écartaient régulièrement des objectifs fixés, trichaient, dissimulaient certaines de leurs actions, se coordonnaient et allaient jusqu'à établir des formes de hiérarchie entre eux.
Début septembre, un employé démissionnaire d'Anthropic, passé auparavant par OpenAI, a affirmé que, de l'aveu même de leurs créateurs, cette technologie "pourrait tous nous tuer d'ici la fin de la décennie".
Un ingénieur de recherche qui avait quitté Google DeepMind en juillet a tenu des propos similaires, estimant qu'il était "peut-être trop tard pour éviter" l'éradication de l'humanité par l'IA.
- Super intelligence "sonne beaucoup mieux" -
Avec un langage plus mesuré, plusieurs grands patrons de l'IA ont averti que la vitesse actuelle d'accélération de l'intelligence artificielle ne permettait plus de s'assurer de son contrôle.
Après avoir déjà qualifié ces messages de "canulars", Donald Trump a affirmé mardi que les porte-voix de ces inquiétudes étaient "les mêmes que ceux qui nous ont dit qu'on serait morts dans douze ans à cause du réchauffement climatique".
Les grands acteurs de l'IA demandent depuis plusieurs mois aux gouvernements de réguler davantage leur industrie, en particulier concernant les risques des modèles les plus perfectionnés, sans succès jusqu'ici.
Le patron d'Anthropic Dario Amodei, soutenu ensuite par son homologue d'OpenAI Sam Altman, le président de Google DeepMind Demis Hassabis et Elon Musk, a proposé de ralentir le rythme de développement de l'IA pour avoir le temps d'appréhender les nouveaux risques associés aux modèles de pointe.
L'idée a été rejetée par Donald Trump et plusieurs membres de sa majorité.
"Le danger n'est pas la technologie", a déclaré mardi Antonio Guterres, mais "la technologie sans responsabilité, la capacité sans supervision, la prise de décision sans transparence."
Lors de son intervention, Donald Trump a passé moins de temps à évoquer les risques de l'IA qu'à parler de sa nouvelle marotte, à savoir changer le nom de l'IA.
A sa demande, le gouvernement américain va ainsi désormais utiliser le terme "super intelligence" plutôt qu'"intelligence artificielle" dans sa communication officielle.
"Ca sonne beaucoup mieux" qu'intelligence artificielle, a estimé le milliardaire républicain. "C'est beaucoup plus approprié."
Dans le secteur, le terme superintelligence définit le stade à partir duquel l'IA aura dépassé les capacités de raisonnement et de réflexion de l'homme dans tous les domaines. De l'avis général, même les modèles les plus avancés en sont encore loin.
Pour le chef d'Etat américain, l'expression intelligence artificielle "sonne comme si (cette technologie) était fausse", or l'IA "n'est pas fausse", a-t-il fait valoir.
Donald Trump espère voir ce néologisme adopté par d'autres gouvernements, un test qui permettra, selon lui, de "voir (s'il a) du pouvoir".
C.Smith--ThChM