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Des milliers de manifestants se sont rassemblés lundi dans le centre de New Delhi, toujours sous très haute surveillance policière, pour exiger la démission du président de la commission électorale.
Depuis des semaines, l'opposition et le mouvement des "cafards", créé en ligne pour fédérer les colères de la Génération Z, sont mobilisés contre une révision des listes électorales, estimant qu'elle profite au Premier ministre, Narendra Modi.
Samedi et dimanche, les forces de l'ordre ont procédé à des milliers d'interpellations - plus de 20.000 selon la presse locale - pour empêcher les contestataires de manifester dans les rues de la capitale indienne.
La contestation a grossi en fronde généralisée contre le gouvernement ultranationaliste hindou de M. Modi, accusé de dérive autoritaire depuis son arrivée au pouvoir en 2014.
À la pointe de la révolte, le chef de l'opposition, Rahul Gandhi, a appelé lundi ses partisans à marcher jusqu'au siège de la Cour suprême.
"Nous voulons montrer au monde entier que (...) Modi protège Gyanesh Kumar", président de la commission électorale, a lancé l'élu du parti du Congrès devant la presse. "Ce n'est pas une bataille d'un jour, nous ne cesserons pas tant que la Constitution ne sera pas respectée."
"Nous voulons la fin de ce gouvernement de toutes les injustices qui nous fait souffrir depuis toutes ces années", a déclaré à l'AFP une manifestante, Mehvaish, 28 ans, qui a préféré taire son patronyme.
- "Voix du peuple" -
"Beaucoup d'entre nous ont été empêchés par la police de manifester ces deux derniers jours", a renchéri un autre, Abhay Aryan, 28 ans, "le gouvernement doit entendre la voix du peuple".
Tout le week-end, les rues du centre de Delhi sont restées barricadées, la circulation interdite, les transports en commun suspendus et l'internet mobile bloqué pour empêcher le rassemblement de protestation organisé par les "cafards".
Né au mois de mai, le Parti du peuple des cafards (CJP) a été créé en ligne pour fédérer la colère des étudiants contre le système éducatif. Il s'est imposé depuis comme un porte-parole de l'opposition à M. Modi.
"Qu'est-ce qui rend Gyanesh Kumar si indispensable à Modi pour qu'il soit prêt à faire la guerre à tout le monde ?", s'est interrogé lundi le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke.
M. Dipke et deux autres dirigeants du CJP ont été arrêtés à leur descente d'avion à New Delhi samedi, et retenus vingt-quatre heures en garde à vue. "Modi fait honte à l'Inde", a écrit le chef des "cafards" sitôt libéré, "le pays n'a jamais connu pire couard et pire brute".
Comme l'opposition parlementaire, le CJP a promis de poursuivre la mobilisation jusqu'au départ du président de la commission électorale.
De nombreux élus et manifestants ont mis en cause la violence des forces de l'ordre.
Le député John Brittas, élu du Parti communiste indien, a affirmé avoir été victime de violences policières. "Ce n'est pas juste une attaque contre un élu, c'est une attaque contre les libertés démocratiques et l'État de droit", a-t-il dénoncé.
- Silence radio -
La police n'a pas répondu aux accusations de brutalité et n'a pas publié de décompte des arrestations.
Ni M. Modi ni son gouvernement ne se sont exprimés ces derniers jours sur la révolte en cours.
L'opposition et les "cafards" dénoncent la révision dite "spéciale" des listes électorales engagée en 2025 par la commission, et qui a permis de radier quelque 130 millions d'inscrits selon les données des médias.
Lancée pour supprimer des listes les doublons, les décédés et les fraudeurs, la procédure est soupçonnée de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand bénéfice du Bharatiya Janata Party (BJP) de M. Modi, semant ainsi le doute sur plusieurs de ses récentes victoires dans des élections locales.
La commission électorale et son président ont démenti toute irrégularité dans la procédure.
La précédente mobilisation des "cafards" en juillet dans les rues de New Delhi a contraint à la démission le ministre de l'Éducation, jugé responsable des fraudes récurrentes aux examens universitaires.
Cette crise a été largement perçue comme une défaite pour Narendra Modi, contraint de céder pour la première fois à la rue depuis 2014.
bur-pa/fpp
D.Pan--ThChM