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Grand espoir de médaille pour la France, Léa Fontaine entre en piste samedi aux Championnats du monde de judo. Avant la compétition pourtant, ce ne sont pas ses performances qui ont agité les réseaux sociaux, mais plutôt son apparence physique.
Fin août après sa victoire au Grand Slam de Lausanne, la judoka de 24 ans a reçu un torrent d'attaques grossophobes. Elle s'est imposée en finale, battant enfin sa rivale chez les Bleus Romane Dicko et devenant par la même occasion N.1 mondiale de la catégorie des lourdes (+78 kg). Mais au lieu de susciter des messages positifs, ce sont des vagues de commentaires insultants qui ont envahi ses réseaux sociaux, poussant la Réunionnaise à porter plainte.
Elle avait alors dénoncé dans un communiqué des "moqueries répétées", des attaques visant son physique et des commentaires destinés à la "rabaisser personnellement".
"Une athlète ne devrait pas avoir à accepter d'être humiliée ou réduite à son apparence pour avoir gagné une compétition", avait-elle écrit.
- Normes physiques -
Dans la foulée, de nombreux judokas de l'équipe de France lui ont apporté leur soutien, à commencer par sa victime en finale.
"Ce que Léa a vécu est dramatique. Tu gagnes une compétition, tu deviens N.1 mondiale. On devrait juste te dire bravo et c'est tout l'inverse. Personne ne parlait de judo, personne ne parlait de sa performance. On ne parlait que de son poids et de son corps", a déploré Romane Dicko.
Pour la sociologue Mélie Fraysse, spécialiste du genre, du corps et des pratiques corporelles, cet épisode illustre une réalité persistante: dans le sport comme ailleurs, le corps des femmes demeure un objet de jugement permanent.
"Cela ne concerne pas seulement les sportives mais toutes les femmes qui s'exposent. Et cela ne date pas d'aujourd'hui. Le corps des femmes a toujours été plus regardé et étudié scientifiquement, dans l'objectif de bien le connaître pour mieux le contrôler", explique-t-elle.
Selon elle, on attend des femmes, bien plus que des hommes, qu'elles correspondent à des normes esthétiques bien précises, qui fluctuent d'ailleurs selon les époques.
L'idéal physique normalisé des années 1990, la maigreur à la Kate Moss, a laissé place depuis les années 2000-2010 à une silhouette mince mais athlétique et avec des formes spécifiques (ventre plat, abdos dessinés, fesses rebondies...).
- Double exigence -
"Léa Fontaine ne correspond pas du tout à ce corps-là", poursuit Mélie Fraysse, également enseignante-chercheuse à l'université Toulouse-3. Elle relève aussi que Teddy Riner, qui affichait 141,5 kg sur la balance aux JO de Paris, n'a pas subi ce genre d'attaques.
"Le corps de Teddy Riner est présenté comme un corps hors norme dans le sens d'un super-héros. On en fait un corps performant", observe-t-elle.
Contrairement à Léa Fontaine, dont le physique (environ 170 kg pour 1,83 m) suscite le débat. "Certains s'interrogent: comment peut-elle être performante avec un corps comme ça? On se questionne sans connaître les nécessités physiques et corporelles du judo. Tout le monde se donne le droit de critiquer et de se poser en juge de ce qu'est un corps efficace."
Une sportive doit donc composer avec une double exigence, être performante à condition de rester féminine, en particulier à l'heure des réseaux sociaux.
"Aujourd'hui, les sportives ont besoin des réseaux sociaux pour financer leur carrière et leur corps doit être en adéquation avec les normes de l'époque et les normes Instagram", déplore-t-elle. Et ce, quelles que soient les qualités physiques requises dans leur discipline.
A quelques jours des Mondiaux, Léa Fontaine a expliqué pourquoi elle avait souhaité prendre la parole. "Il fallait que je réagisse", a-t-elle déclaré devant la presse. "La liberté d'expression est un droit mais le respect est un devoir."
Avant de prévenir ses détracteurs: "Il faut que les gens comprennent que je suis jeune, j'ai 24 ans, donc ma tête, ils vont la voir encore beaucoup, j'espère."
Q.Yam--ThChM